Avril 2025 : "Sinners" de Ryan Coogler déferle dans les salles. Présenté comme un film de vampires dans le Mississippi ségrégationniste des années 30, ce dernier ne me parlait pas et ce, pour deux raisons :
Que peut-on proposer de nouveau au genre du "film de vampires", après avoir usé jusqu'à l'os ce sous-genre horrifique ? Dernièrement, le "Nosferatu" de Robert Eggers, certes visuellement sublime, n'apportait rien au classique de Murnau.
Autre raison, Ryan Coogler dont la carrière m'avait, jusque là, laissé indifférent. Il avait, entre autres, réalisé, "Black Panther" pour le compte de Marvel, film grandement surestimé (à mon humble avis).
Janvier 2026 : Pour le moins intrigué par la pluie de récompenses reçus par le film et par son record absolu de nominations aux Oscars (16!), je décide de tenter le coup et de donner sa chance à ce fameux "Sinners".
Dès les premières minutes du film, un sensation étrange se dégage, un onirisme, un sentiment d'osmose viscérale entre l'image et la musique. Ressenti qui ne désemplira pas, bien au contraire.
D'un postulat de départ simple (des jumeaux au passé trouble décident d'ouvrir leur propre bar de blues), Ryan Coogler transcende son script par une inventivité de mise en scène sans fin : montage parallèle, rythme endiablé, longs plans séquences, le tout culminant dans une scène de bal dantesque ; un pur joyaux de Cinéma qui justifie à elle seule la vision de ce film.
Une photographie à tomber et une puissante BO signé Ludwig Goransson ("Oppenheimer") finissent d'ancrer le film comme une véritable expérience sensorielle à découvrir, de préférence, sur grand écran.
Introduit comme un film de gangster dans le sud esclavagiste des Etats-Unis le tout baignant dans une ambiance blues, "Sinners" intrigue en rappelant autant "Django Unchained" de Quentin Tarantino que "O'Brother" des Frères Coen. Cependant, très vite, le film s'immisce dans l'horreur avec une communauté blanche vampirisant (littéralement) une communauté et une culture qui n'est pas sienne. Ou comment utiliser le cinéma de genre pour mieux dénoncer les dérives d'un pays, bâti sur la violence et l'exploitation des minorités.
Un mélange de genres pour le moins audacieux, mais au combien réussi prouvant que l'audace finit toujours par payer. En espérant que des réussites tel que "Sinners" inspire Hollywood pour enfin sortir de son formatage dangereux et ronflant.
Malgré mes craintes initiales, force est de constater que "Sinners" constitue une réussite majeure (tant d'un point de vue artistique qu'au niveau des thématiques abordées). Une œuvre d'une finesse rare où esprits passés, présents et futurs s'embrasent afin d'atteindre une certaine utopie de liberté.