Aux antipodes des super-productions, assurément.
J'ai été asséné, j'ai été immergé par cette traversée tétanisante dans la neige, ce nihilisme ambiant...


Cette étendue gelée, où il ne fait pas bon de s'aventurer au risque de périr, m'a happé par le degré de représentation qui ne monte jamais, ni ne descend.
L'implacable froid hivernal, crispant la peau, et auquel on ne peut remédier. Et cette crise écologique, les humains la surmontent en s'abritant dans un train gigantesque et robuste dont la destinée est de tourner autour du globe. Pas de terminus.


Partant de ce postulat qui peut paraître fort simple, Bong Joon-Ho démontre sa capacité à varier sa filmographie.


Dans Snowpiercer, il dépeint un contexte tout en finesse et tranquillité. Pas d'empressement qui vient accélérer le processus de développement, tout est fait de manière à se boucler en bonne et due forme. Il ne se brusque pas devant un cahier des charges, il le supplante pour imposer son style, sans qu'il y est jamais d'oublis embarrassants ou de procédés trop faciles.
Quel reproche pourrait-on lui faire ? Je n'en vois pas des masses. Évidemment, certains accrocheront moins que d'autres à cette lutte qui mène de l'insalubrité - le climat ne vient qu'en second temps - à la question de disparité. Ce genre d'histoire a déjà été abordée, mais les tournures qui sont prises surprennent à chaque fois, de par leur maîtrise d'abord ; en dépit de quelques lourdeurs lors des monologues.


La mise en scène, elle, ne tranche pas avec les notions de déshumanisation ou de mort, elle les orne d'images et de propos. On pourrait craindre un scénario où les situations s'imbriqueraient les unes sur les autres, s'empiétant par la même occasion. Et pourtant, on pourrait presque apparenter ce schéma narratif à un jeu vidéo dans lequel on démarre du point zéro, puis on avance étape par étape, pour enfin arriver jusqu'au boss. A ce propos, j'y vois aussi un moyen d'accentuer la versatilité dans la psychologie des personnages, à mesure qu'ils découvrent des vérités, de nouveaux décors... Une sorte d'introspection.


Les acteurs sont épatants tant ils se complètent, et leurs dialogues s'agencent tous d'une même volonté ; Chris Evans trouve là son jeu le plus complet, idéalement choisi pour se parfaire dans son rôle.
Il y a une intensité esthétique qui se marie avec l'absurdité de la condition humaine. Les scènes d'action sont virulentes, brillamment orchestrées, mais l'excessivité qui les habite ne dépasse pas le cap du scénario, de ce qui le sert à proprement parler. L'explosion de violence ne s'atténue pas, elle ne devient pas moins grave dans une scène que dans une autre. Elle s'amorce pour ne jamais s'arrêter, comme le train.


J'avais peur que ce soit un mélodrame chiant.
J'avais peur que Chris Evans vienne entacher le casting.
J'avais peur que le cinéaste coréen subisse, plus qu'il n'accepte, l'appel d'Hollywood.
Cette banalité apparente dans le scénario, et les clichés qui vont de pair, que nenni.
Croyant que ce tracé que suit la révolte d'une classe contre une autre était usée jusqu'à la moelle, qu'elle ne pouvait pas accoucher d'un nouveau joyau d'anticipation transgressif et intelligent. Cette grande fuite en avant se permet quelques accalmies, mais rarement elle sonne faux par rapport à la tension en toile de fond.


Le Transperceneige, ou Snowpiercer, appelez-le comme bon vous semble, est un film à voir et revoir. Un huit clos ferroviaire qui va au-delà de son support linéaire pour devenir un modèle d'efficacité redoutable, aussi pertinent que monstrueusement bien monté et imagé.

Eren

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