Un film chinois nous donne à voir la vie de famille tumultueuse de Liu Yaojun et de Haiyan Li. Un film qui rend le spectateur véritablement actif dans son visionnage, notamment par une narration fragmentée, une transversalité temporelle, entre les différents épisodes du passé, rupture seulement visible par les évolutions physiques des personnages. Cette fragmentation répond à celles que connaissent la famille vis-à-vis de leur filiation. Le spectateur fait donc preuve de déduction, un aspect renforcé par les non-dits du film, les dialogues silencieux, qui encouragent et laissent libre cours à la réflexion.

Nous suivons donc un homme et une femme dans les années 1980, lors de l'instauration de la loi de l'enfant unique, cherchant à construire une famille. L'histoire commence véritablement par la mort de leur enfant pendant son enfance, par noyade. Les conditions de cet accident ne sont pas révélées par l'ami de leur fils à la fin du film, marquant une tension dès le début. Ainsi, ce film, par une structure éclatée, permet de donner réellement corps à l’invisibilisation des traumas individuels qui ploie sous le poids d’une période de l’histoire chinoise.

Ainsi, c’est dans ce cadre que ce film développe plusieurs sujets :

  • Celui de la culpabilité de l'autre famille, celle dont les deux enfants étaient amis et dont le fils était présent lors de la mort de Xingxing. Une culpabilité qui semble ronger au plus profond cette famille, visible par les derniers mots de la mère destinée à Haiyan Li, une culpabilité d'avoir indirectement et directement empêché cette famille de construire une vie de famille classique. Leur fils dévoile les circonstances de la mort de Xingxing, après plus de vingt ans, comme une âme meurtrie ayant besoin de se libérer, de se confesser, d'un poids le mordant profondément.
  • Celui du deuil impossible visible par le nom de l'enfant adopté, retirant son identité primaire pour celle de Xingxing, qui gardera ce nom jusqu'à la fin, malgré sa carte d'identité. La famille semble attachée à cette identité nouvelle comme l'espoir de ne pas avoir perdu leur enfant, de ne pas avoir à faire le deuil de cet enfant et en acceptant avec joie le retour de leur nouveau fils malgré une relation très difficile et un éloignement de plusieurs années. Ce retour est célébré par les deux parents, alors même qu'il est mention de la possibilité qu'il revienne seulement pour renouveler ses papiers, revenant donc plus pour un intérêt particulier que pour revoir ses parents. Ces derniers semblent enfermés dans cette illusion de la présence d'un enfant, retardant et soulignant la difficulté du deuil.
  • Celui du corps de la femme et de l'avortement montré par la conception d'un second enfant, formellement interdit à cette période de l'histoire chinoise. La femme subit alors un avortement forcé par la pression sociale, politique, économique et médicale. La scène de l'opération, avec le père attendant dans la pièce adjacente, entourée de toutes ces femmes enceintes, heureuses de bientôt connaître leur enfant, semble dénoter et montrer l'envers du décor, une scène qui montre la brutalité de la politique de l’enfant unique qui juge le corps féminin comme un simple ajustement biologique. Haiyan Li sortira de cette épreuve marquée tant psychologique que physiquement, avec des séquelles empêchant la conception d'un nouvel enfant.
  • Celui de l'inégalité Homme-Femme souligné par le poids de la conception reposant toujours sur la femme, celle visée par les moyens de contraception, puis celle qui subit les séquelles physiques. Bien qu'il soit mention d'une vasectomie de l'homme, ce dernier possède le choix de le refuser, sans connaitre de véritable pression sociale alors que la femme, celle qui subit la contraception, celle qui porte l'enfant, se retrouve dans l'impossibilité de choisir la procréation à cause de son avortement imposé. Au final, c'est elle qui subit un déterminisme social, une aliénation de sa condition, contrairement à l'homme qui fera un autre enfant avec une autre femme. Les femmes ne peuvent donc avoir qu'un enfant car il est socialement rattaché à la mère contrairement à l'homme.
  • Celui de la Chine communiste porté par le regard de Wang Xiaoshuai critiquant cette politique de contrôle des mœurs comme l'exemple de la récompense, plaçant les personnes comme des modèles et les enfermant dans ce rôle, contre leur gré, subissant alors la pression de l'image du pays. En effet, on demande au couple de sourire en recevant la récompense du Prix du Militant avancé du Contrôle des Naissances... On retrouve aussi la politique de restriction des comportements de la population, vu comme débridés comme l'emprisonnement d'un homme pour avoir dansé la nuit, de manière un peu trop libre pour le gouvernement ou encore les réticences face à la musique étrangère. En résumé, un contrôle du gouvernement sur les modes de vie de sa population, cherchant par ce moyen à s'imposer dans leur quotidien pour devenir une norme et limiter la résistance en enfermant la population dans ses restrictions. Ainsi, les messages de propagande diffusés par les hauts-parleurs au début du film, expliquant "rationnellement" que la population serait plus heureuse grâce à l'enfant unique trouve sa réponse dans le film, un échec cuisant. En outre, le film souligne aussi la transformation de la Chine, passant d’un pays rural et industriel sous un contrôle strict vers une Chine plus libéralisée dont la famille, revenant à leur région natale, en perd ses repères.

Ces différents sujets nous touchent plus ou moins, en tant que spectateur mais plus particulièrement ceux qui ont vécus cette période, et semble aujourd'hui montrer que certains sujets restent éminemment au cœur de la politique et de la société comme l'avortement, l'égalité, la natalité... Mais les différents plans, la profondeur de champ ou encore la composition des cadres du films cherchent aussi à instaurer une certaine distance notamment par des points de vue lointains, non pas dans l'action même ou encore une caméra posée derrière une porte entrouverte, faisant du spectateur une personne étrangère au déroulé de la scène ou plutôt un témoin impuissant à la situation de la famille. Cela permet aussi d’enfermer la famille dans cette situation, de manière hermétique.

Flouuuu
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le 7 juil. 2026

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