Voici le genre de petite pépite indienne dont je raffole. Un film à mille lieues des codes hollywoodiens et occidentaux auxquels nous sommes habitués. De bout en bout, j’ai été déroutée — et accrochée — par cette histoire dont je ne parvenais pas à deviner l’issue.


Et pourtant, Sookshma Darshini s’inspire d’un grand classique de la culture occidentale : Fenêtre sur cour. Mais si la référence est évidente, le film n’a rien d’une copie. Il suit librement sa propre voie.


Premier élément que j’aime : l’héroïne — et plus encore, la solidarité féminine. Priya est une femme entreprenante, intriguée par son voisin qu’elle soupçonne… sans savoir de quoi exactement. Elle enquête, elle mobilise ses amies, elle franchit des limites : escalade un mur, tente d’espionner par la fenêtre… Est-ce qu’elle délire ? Imagine ? Ou bien son intuition est-elle juste ?


Ce qui est au centre de Sookshma Darshini, c’est le ressenti d’une femme ordinaire, forte et têtue, mais attachante parce qu’elle est guidée par son cœur. Elle sent que quelque chose ne colle pas. Elle refuse de détourner les yeux, là où tout le monde préfère le confort du silence. Et si, au fond, cette enquête devenait pour elle une manière de donner sens à un quotidien morne, dans une période de flottement personnel ?


Elle est touchante par sa fragilité et par sa force. Je pense à cette scène où elle lance une pierre dans la fenêtre : elle tremble, elle a peur, mais elle agit. Elle libère quelque chose. Elle est tout sauf un personnage passif. Et ça fait du bien de voir un tel rôle féminin dans un cinéma encore si marqué par le patriarcat.


Deuxième élément que j’aime : la musique. Très déroutante elle aussi. Dans un thriller, on s’attend à des nappes inquiétantes, des cordes dissonantes… mais ici, non. La musique est légère, presque joyeuse, parfois teintée d’humour ou d’insouciance. Cela déjoue nos attentes. On ne sait plus si on est dans une comédie, une étude sociale ou un thriller paranoïaque.


Ce décalage renforce l’idée que le danger n’est pas "ailleurs", tapi dans l’ombre, mais juste là, dans l’ordinaire : derrière un mur mitoyen, dans une conversation de voisinage. C’est comme si la musique nous soufflait : « Ce n’est pas un polar. C’est ta propre vie. Et c’est là que tout bascule. »


Et cette musique colle parfaitement à l’esprit du film. Car ce thriller évolue en dehors des cadres habituels :

  • Pas de scène de crime au début.
  • Pas de détective professionnel pour guider l’enquête.
  • Pas d’indices mis en lumière de manière explicite.

Tout passe par le point de vue de Priya, avec ses doutes, ses projections, ses erreurs… Son regard est le fil rouge. Au fond, le scénario est secondaire : c’est l’ambiance, le trouble intérieur, la perception qui font tout le sel du film.


Sookshma Darshini mérite d’être découvert. Il allie profondeur, suspense, et ambiance singulière, en mettant à l’honneur des personnages féminins aussi complexes que vibrants.

Créée

le 30 juin 2025

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abscondita

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