Là où les rêves d’ailleurs de jeunes maraîchères se heurtent aux figuiers témoins de leurs amours naissants. On s’y observe, s’enlace et s’y rejette, mais seuls les regards d’une génération sur celle à venir, vouée à répéter ses idylles inassouvies, resteront de ces instants volés.
La forme du long-métrage, implacable, laisse le spectateur pourtant mis dans la confidence des arcanes de ces joueuses de la vie, dans une position étrangère aux ébats qui s’y orchestrent. Sous le joug archaïque d’un jeune chef aussi brutal qu’abusif, les filles avancent. Ultimement, l’heure de rendre des comptes sonnera.
Chaque portrait de femme qui nous est présenté garde sa fêlure intime, quand l’élagage cathartique est de mise pour les mères-dénonciatrices qui régissent ce petit monde depuis des générations. Ces regards qui habitent les amours et haines de ces deux camps opposés ne sont ainsi peut-être plus un défi mais bel et bien une proposition : faire différemment. Mieux, sans doute, essayer, et ne rien plier au moment de demander son dû.
Erige Sehiri nous offre alors une fascinante variation sur le thème de la transmission entre les âges, la croyance en un dépassement des antagonismes générationnels qui sont aujourd’hui au centre des maux de notre monde. Briser des branches assurément, mais cueillir et non creuser.
Les hommes, tantôt discrets, tantôt féroces, ne sont ici que des ombres lointaines à ce pari au cœur de l’œuvre. Protagonistes de leurs propres querelles millénaires, le système qu’ils conduisent regarde ailleurs, prêt à descendre du véhicule en marche, et ne les attendra pas.
Sous les figues est le conte d’un jour comme un autre, mais un jour de plus. Pas celui d’une lutte gagnée, ni d’une révolution, mais d’un battement dont les fruits sont déjà une grande promesse. Reste alors des rêves, et des regards...