Qu'ont en commun Palestiniens et peuples autochtones d'Amérique du Nord ? Une histoire de dépossession, de fragmentation et de disparition culturelle. Les expériences palestiniennes et natives américaines du colonialisme de peuplement ont été maintes fois rapprochées. Après tout, n'est-ce pas Deleuze qui affirmait que les Palestiniens étaient les "Indiens d'Israël" ? Il avait raison de comparer des processus historiques analogues qui consistent, ici et là, à remplacer une population par une autre. Dans les deux cas, il convient qu'un peuple sorte de l'histoire pour qu'un autre y entre. Le colonialisme de peuplement utilise une variété d'instruments pour parvenir à ce résultat (du génocide à l'assimilation forcée en passant par la spoliation des terres et la destruction des lieux de vie) dont l'usage dépend de l'avancée historique du processus colonial et de la résistance, plus ou moins forte, que les populations autochtones opposent à ce projet. Cette résistance est elle-même étroitement liée au rapport de force qui existe entre le colonisateur et le colonisé. Moins le processus colonial est avancé, plus la résistance est forte et plus les modes de domination sont militarisés et violents.


Palestiniens et "Amérindiens" sont pris dans un processus similaire mais ils ne sont pas au même stade historique de ce processus. S'agissant de la Palestine, la colonisation est loin d'être achevée et le peuple autochtone, notamment par sa lutte armée, constitue une menace tangible pour le colonisateur. C'est pourquoi les méthodes les plus violentes sont déployées contre lui aujourd'hui - expulsions massives depuis 1947 et interdiction du retour, ghettoisation des réfugiés, occupation militaire, génocide - comme elles l'ont été jadis contre les peuples autochtones d'Amérique du Nord. Aujourd'hui, ce n'est plus nécessaire : ces populations sont si peu nombreuses que les colons n'ont plus besoin de les dominer violemment. On peut même sur le papier leur reconnaître des droits égaux.


De la Palestine aux Etats-Unis ou au Canada, les vécus contemporains sont donc éminemment différents.


Et c'est là où le film aurait pu tomber dans le piège d'une comparaison trop forcée entre les expériences des uns et des autres. Mais les documentaristes ne cherchent pas à les superposer, seulement à mettre en lumière les continuums coloniaux qui les affectent toutes sans nier leur singularité. Au contraire, en collectant des images et des témoignages divers (Navajo, Iroquois du Canada, Palestiniens de Cisjordanie ou des camps de réfugiés libanais), le film évite les raccourcis et les essentialisations et donnent à voir une palette variée d'expériences coloniales qui sont bien resitués dans leur environnement sociogéographique.


Ce qui reste en commun, c'est la résistance des peuples qui luttent, selon les moyens dont ils disposent, pour leur existence collective.

Nwazayte
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste La question de Palestine

Créée

il y a 3 jours

Nwazayte

Écrit par

Du même critique

Sur le globe d'argent

Sur le globe d'argent

9

Nwazayte

le 1 mars 2016

Suivre

L'antre de la folie

Expérience hallucinée, hallucinante et hallucinatoire, Sur le Globe d'Argent est un film monstrueux, une oeuvre titanesque que le tournage chaotique et inachevé éloigne encore un peu plus de...

Le Miroir

Le Miroir

10

Nwazayte

le 12 juin 2014

Suivre

Le Temps retrouvé

On ne dira jamais assez combien la démarche de Andrei Tarkovski quand il réalise le Miroir est proche de celle des écrits de Marcel Proust. Ecrivain français et cinéaste russe ont tous les deux...

La Maison des bois

La Maison des bois

10

Nwazayte

le 14 janv. 2015

Suivre

Dans la chaleur du foyer

Il m'est très difficile d'écrire sur la Maison des Bois, même trois semaines après le visionnage. C'est rare mais ça arrive : l'oeuvre vous marque parfois durablement, laisse une trace inaltérable...