Ah les péplums. Ce que j'adore avec ces films, c'est qu'ils ont beau durer de 3 à 4 heures, on ne les voit pas passer. En comparaison, aujourd'hui des films de 1h30 nous font profondément somnoler. Ce cinéma fait parti d'un vestige, il n'existe plus.
Bonne ou mauvaise chose? Difficile à dire quand on parle de l'industrie. Toujours surprenant de se dire que c'est un film de Kubrick, à savoir qu'à l'époque, un film appartenait à son producteur et non au réalisateur qui n'était pas reconnu comme laissant son empreinte artistique. Je n'ai pas trop de détails sur les coulisses de ce long-métrage, le fait est que Kubrick maitrise très bien les codes du film historique de l'époque. Ce qu'on en retient : ça manque de sa personnalité, c'est assez convenu mais ça fonctionne, en tout cas pour nous spectateur.
Pour revenir sur les péplums, j'ai grandi avec, je les affectionne particulièrement, ils ont grandement participé à ma culture cinématographique et à mon attachement à l'Histoire en général. Mais à l'âge adulte, difficile de les appréhender sans un regard critique plus prononcé.
Au niveau de la réalisation, rien à dire : le rythme y est, le travail esthétique aussi. La façon de filmer les plans d'ensemble, les foules, les combats est assez significative et marquante. Peut être qu'il y aurait à redire sur les chorégraphies des scènes de combats en mêlées ou encore les scènes extérieures tournées en studio sous fond de toile de peinture, mais franchement c'est ce qui fait le charme de ces films à l'ancienne.
En revanche, on pourrait davantage avoir à redire sur l'étiquette trop "Hollywood" du film : la glorification du héros est un peu trop poussive à mon goût, en outre appuyé par la romance trop niaise, voire ridicule avec Varinia ; le pathos surexploité ; l'entente et la cohésion bisounours parmi les esclaves qui se dirigent frais comme des gardons vers la terre promise mangeant et buvant façon colonies de vacances ; je ne parlerai pas du thème musical proprement insupportable qui m'a fait disjoncté au bout de 2 scènes. Il apparait quasiment à chaque apparition du couple à l'écran. Exaspération optimum dès les premières notes.
Pour nuancer ce que je viens d'exposer, j'ajouterai qu'on sait assez peu de choses je crois sur le périple et la rébellion de Spartacus, ainsi les adaptations ne peuvent pas faire l'impasse sur la réécriture mais bon, on va dire que c'est too much.
Et puis, les principaux défauts viennent des anachronismes qui m'ont quelque peu sorti du film par moment. Je rappelle que nous somme à moins de 100 ans av. JC :
- le sourire freedent de Kirk Douglas et sa coupe de cheveux (ça ne remet pas en question sa performance)
- la carte d'Italie d'une précision à faire pâlir la technologie satellitaire (qui n'apparaitra qu'au XXe siècle)
- Spartacus impressionnant au combat soit, mais depuis quand un esclave qui n'a jamais reçu le moindre enseignement ni la moindre éducation développe une maitrise stratégique d'attaque aussi rôdée contre tout un empire????
- plusieurs éléments du décor sont issus de l'époque moyenâgeuse
- plusieurs éléments de langage ne correspondent pas à l'époque non plus (navrée je ne les ai pas retenus mais il y a vraiment des termes, quand on les entend, on sait qu'ils n'ont pas pu exister à l'Antiquité)
- Crassus qui parle de Dieu comme étant unique dans une des scènes, alors que la notion de Dieu unique n'existait pas chez les romains (ce que l'on en sait)
- la romance entre Spartacus et Varinia, je ne sais pas si celle-ci a vraiment existé mais il est certain que la façon dont est écrite leur histoire d'amour est du pur Made in Hollywood
Ceci dit la scène finale m'a touché, la magie hollywoodienne a eu effet sur moi (et oui...). Et le film est un pilier du cinéma américain. Aujourd'hui, depuis les années 2000 en fait, on n'arrive plus à faire des films épiques de qualité. Ils sont même pour la plupart assez catastrophiques (pour ce que j'ai vu du moins). En somme, les décors studio en carton pâte de Spartacus n'ont rien à envier aux reconstitutions numériques de notre époque et pour lesquelles j'ai tant de dédain.
Ce film a plus un intérêt cinématographique que celui d'une reconstitution historique en vérité et pour cela il vaut largement le coup d'être vu. C'est un incontournable.