Quand Dame Nature se venge à huit pattes

Sous les huit yeux d'une araignée (et ce qui restera comme une superbe idée de plan d'ouverture), un groupe composé des plus célèbres jeunes influenceurs de la planète déboule en bateau sur une île paradisiaque, tous invités à tester un hôtel de luxe labellisé éco-responsable et à abreuver leurs followers de contenus sur leur séjour de rêve.

Mais, à l'instar d'une journaliste infiltrée dans la bande de fêtards, l'araignée, elle, sait bien que cette construction humaine ne respecte en rien son environnement. En compagnie de ses t.très nombreuses copines, elle aiguise ses crocs chargés de venin et décide de s'inviter aux célébrations pour y punir tout ce qui marche sur deux pattes.


Évidemment, on connaît surtout le nom de Christopher Smith pour le début de sa carrière où le cinéaste anglais enchaînait les sans-fautes dans le cinéma de genre ("Creep", "Triangle" ou "Black Death") avant malheureusement de voir son talent s'éroder au sein de projets bien plus oubliables. Le découvrir aujourd'hui aux commandes d'un film d'insectes/monstres comique, où un essaim d'araignées vient mordre à tour de pattes de l'influenceur aux neurones défaillantes, peut paraître étonnant mais c'est peut-être un peu trop vite oublié son "Severance" de 2006 qui voyait déjà Smith se frotter à l'humour noir via un séminaire particulièrement dangereux pour ses participants, employés d'une firme militaire.


Bon, comme la plupart de ses derniers longs-métrages, "Spider Island" ne risque pas de redorer le blason de Smith auprès du plus grand nombre -on est justement très loin de l'amusement général et force de proposition que pouvait représenter "Severance"- tant la caricature qu'il offre du monde des influenceurs célèbres enfonce toutes les portes ouvertes les plus attendues de ce genre de satire.

Décérébrés, fêtards, dragueurs invétérés, obnubilés par leurs nombres de vues bien plus que par n'importe quelle velléité écologiste à transmettre, le seul portrait un poil plus malin que la moyenne offert par ce "Spider Island" est sans doute celui d'un influenceur aux apparences innocentes et nobles qui se retrouve vite pris au piège de ses contradictions de sa nature artificielle et faussée par l'image qu'il essaie de se donner face à l'objectif.

Mais, parmi les interactions de tout ce petit monde superficiel (dont notre Léna Situations nationale en influenceuse obsédée par son chien), le film arrive sporadiquement à trouver un bon décalage au gré d'échanges décalés ou de seconds rôles qui parviennent à sortir du lot (le duo entre le chef de l'hôtel et son assistante marche plutôt bien en ce sens, d'autres sont bien plus aléatoires humoristiquement comme le père ou un vlogueur à la recherche du trip ultime, capables du pire comme du meilleur sur la durée).


Du côté des monstres à huit pattes, "Spider Island" a le mérite de ne pas céder au gigantisme habituel de ce genre de production (enfin, pas totalement) pour laisser la vedette à de simples nuées de relatives "petites" arachnides particulièrement enragées envers l'être humain et ses méfaits sur son habitat. Très éparses dans la première moitié du film, les attaques, même quand elles se déchaînent de façon plus dantesque, auront de fait du mal à se renouveler dans la deuxième, quelque part victimes de ce choix qui ne permet pas d'offrir autre chose que des multiples grouillements et piqûres sur les corps à la caméra. Reste que le caractère particulièrement vicieux et acharné des créatures en mode meute, émaillé de quelques trouvailles (comme faire intervenir la voix de David Attenborough en guide spirituel) dans la dernière partie, réussit à faire le job grâce à un Christopher Smith parfois inspiré, même si, globalement, on a connu meilleur en cette catégorie.


Pas aidé par un récit très naïf qui peine à donner une réelle crédibilité à son héroïne sur ce qui aurait pu lui donner un supplément d'âme, "Spider Island" n'est au final qu'une petite récréation rigolote, pourvoyeuse de bons sourires à travers un humour anglais forcément idéal pour saisir l'absurdité du monde des influenceurs et la fausseté de ses bonnes intentions notamment écologiques, mais sans autre grande influence notoire à garder dans notre toile, malheureusement.

RedArrow
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il y a 6 jours

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