Dans la filmographie de Tony Scott, ce film fait suite à "Ennemi d'État". Ce dernier film date de 1998 et dans mon compte-rendu, je rapprochais ironiquement ce film dont le sujet tourne autour du système de surveillance de la NSA, des attentats de septembre 2001, mettant en évidence, rétrospectivement, un échec du système de protection. Là, dans "Spy Game", c'est autre chose. Le film a bien failli ne pas sortir fin 2001 car les attentats venaient juste de se produire et le souvenir était encore brûlant, sans mauvais jeu de mots …
S'il me fallait résumer "Spy game", je dirais qu'un officier traitant de la CIA qui s'apprête à prendre sa retraite, se sent moralement obligé de venir en aide à un de ses agents, emprisonné en Chine pour espionnage, alors que les hautes autorités américaines examinent froidement le risque ou l'avantage (politique) de laisser l'agent emprisonné à son triste sort, c'est-à-dire à son exécution par la Chine. C'est pourquoi, le film est construit en flash-backs reconstituant la carrière de l'agent Tom Bishop (Brad Pitt), associée à celle de l'officier traitant, Nathan Muir (Robert Redford), qui fut son mentor.
Il y a des choses indéniablement intéressantes dans le film. Par exemple, la mécanique froide du fonctionnement du "Renseignement Extérieur" où "la fin justifie les moyens". L'exemple de la taupe à Berlin qu'il fallait identifier, nécessite de sacrifier un homme est-allemand qui devait franchir le Mur avec l'aide de la CIA, est significatif de ce monde déshumanisé et sans grande morale puisque tout se passe en toute discrétion. Contrairement aux films d'espionnage flamboyants du type "James Bond", la vraie vie du monde du renseignement conduit à des actions de peu d'envergure qui se terminent le plus souvent, au pire, par la mort de l'agent et au mieux, par de sombres et glauques échanges de prisonniers …
De même, le duo Brad Pitt et Robert Redford fonctionne très bien. S'il y a bien un métier qui ne s'apprend pas sur les bancs de l'école, c'est celui d'espion. Le rôle de mentor de Robert Redford pour canaliser et dresser le jeune chien fou Brad Pitt est très convaincant. C'est d'ailleurs amusant de mettre en perspective le rôle de Robert Redford, par rapport à son personnage de jeune agent secret dans "les trois jours du condor"
Puis il y a des choses invraisemblables dans le film qui gâtent le plaisir du spectateur. Comment croire que dans une organisation aussi structurée que la CIA, un agent ou un officier traitant (dont c'est, en plus, le dernier jour de travail) puisse lancer une opération de récupération d'un agent emprisonné au nez et à la barbe de la hiérarchie de la CIA et d'un pays comme la Chine ?
Spoiler : en plus, après avoir cassé sa tirelire puisque c'est lui qui paye. la double peine, quoi !
Je n'ai rien contre les romances, bien au contraire ! Mais l'agent secret, suffisamment naïf ou romantique , qui tombe amoureux d'une – probablement – dangereuse activiste proche de la mouvance Hezbollah, qu'il est chargé d'infiltrer pour mieux détruire, est un peu dur à passer. A minima, l'intrigue aurait dû être un peu mieux élaborée ou un peu plus dramatisée.
Et puis, je sais bien qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire mais comment croire qu'on puisse refaire son personnage et retrouver un comportement moral ou humain qui a fait défaut jusqu'alors, le dernier jour de sa carrière professionnelle ?
De même que la mise en scène que je qualifierais bien de tape à l'œil avec ces incessants mouvements de caméra tournant, de ces voitures qui ne se conduisent qu'à des régimes d'au moins 4000 t/mn. Sans oublier la tonitruante et frénétique bande son qui semble là pour ponctuer les scènes d'action et faire monter le taux d'adrénaline dans le sang du spectateur.
La note ? Un point de moins que "Ennemi d'État" soit 6.