Troisième film réalisé en 1935 par John Ford, « Steamboat Round the Bend », coincé entre « Le mouchard » (considéré comme le premier film majeur du cinéaste) et l’excellent « The Prisoner of Shark Island » (Je n’ai pas tué Lincoln), est un film à la fois dévalorisé et oublié de l’imposante filmographie de John Ford. Sorti peu après la mort accidentelle de Will Rogers (que John Ford appréciait énormément) son succès outre atlantique lui apporta une certaine notoriété, alors qu’il reste inconnu en Europe, en dehors des cinéphiles. Et pourtant il ne manque pas de qualité. Dès les premiers plans, le réalisateur s’efface derrière les personnages et la présentation du sympathique Charlatan, le « Doc », oncle du futur mari de la rebelle Fleety Belle nous fait entrer de plain pied et de bonne humeur dans un récit qui pourtant ne manque ni de drame, ni de mélancolie. Leur première rencontre montre la maestria du réalisateur, avec une finesse et des mouvements de caméra d’une telle légèreté qu’ils ne se remarquent pas tout au long du métrage. Au long d’un Mississipi folklorique, habité par des personnages hauts en couleur comme The New Moses (Berton Churchill), Efe (Francis Ford), le shérif Rule Jeffers (Eugène Palette), le Capitaine Eli (Irvin S. Cobb) et Jonah (Stepin Fetchit), la souplesse et la décontraction à la fois de l’étude de caractères et du déroulé de l’action, laissent admiratifs devant un telle maîtrise. La scène de la prison entre les amoureux et les prisonniers qui chantent pour eux, ainsi que le mariage, sont des grands moments, typiques du cinéaste. Pour être complet, la course de la fin est à la fois remarquable de précision et de tension, tout en restant gagesque, et, donc, sans se prendre vraiment au sérieux. « Steamboat Round the Bend »  est interprété par un casting dirigé d’une main de maître par John Ford, dont se détachent l’excellent et sympathique Will Rogers et la gracieuse et fraiche Anne Shirley. Avec sa tendresse habituelle pour ses personnages, le réalisateur nous les rend attachants. Un très bon moment que tout amateur se cinéma doit voir. 

Ronny1
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le 24 oct. 2022

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