Incroyable...
Stemple Pass marque un nouveau point d'aboutissement dans la prolifique carrière de James Benning : la quintessence contemplative mêlée à un discours tour à tour éclairé, contestataire et parfois contestable tout droit retranscrit des carnets intimes de l'activiste Ted Kaczynski du milieu des années 1970 à la toute fin des années 1990. Il s'agit sans doutes du film du cinéaste originaire de Milwaukee à découvrir après tous les autres, celui dont la densité opère le plus bien des heures après son visionnage.
En quatre plans fixes d'une trentaine de minutes chacun présentant autant de saisons Stemple Pass développe formellement et fondamentalement le propos du film-concept Two Cabins tourné par Benning quelques temps plus tôt. 4X30 = Stemple Pass, soit 120 minutes de rémanence benningienne mettant au goût du jour la pensée anti-technologique du sociopathe Ted Kaczynski à renfort de plans en mouvance imperceptible. En d'autres termes ledit métrage nous propose une pure expérience d'étonnement philosophique ou du moins méditative, une Oeuvre au coeur de laquelle la liberté mise à nu s'ajoute au pur plaisir de voir et d'entendre. C'est absolument fascinant et cinématographiquement révolutionnaire !
A partir des écrits codifiés du célèbre activiste ( et que James Benning a récupéré au bon vouloir du frère de Kaczynski pour une somme assez conséquente...) le réalisateur de Ten Skies et de 13 Lakes reprend la dimension chapitrée intrinsèque à son Oeuvre à la fois concrète et abstraite, conceptuelle et haptique, mathématique et sensorielle... Une fois encore Benning nous amène à éprouver la durée de son Cinéma fait d'images absorbantes et de sons ambiants à priori pris sur le vif, à l'image de cette voix-off scandant le quatuor saisonnier pour mieux faire corps avec l'installation. Sidérant et comme en recherche constante d'ancrage scopique et auditif Stemple Pass est au Septième Art ce que Le Gardeur de Troupeaux de Pessoa est à la poésie : un film à voir, à entendre et à maturer principalement... avec en paradoxe une pensée passionnante sur les limites du Monde moderne. Le meilleur film de James Benning, et de loin.