Stopmotion
6.1
Stopmotion

Film de Robert Morgan (2024)

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Je dois admettre que Stopmotion m’a intrigué bien avant de le voir. Ce mélange de live-action et d’animation image par image, porté par Aisling Franciosi, semblait annoncer une plongée rare dans la psyché d’une artiste, avec la promesse d’un film sur la création, l’obsession et la folie.

Et sur ce point, il tient parole, mais à sa manière chaotique, imparfaite, voir même frustrante.


Pour fêter Halloween, je fonce toujours sur la plateforme Shadowz, puis je publie quelques critiques de films que j'y regarde... Je fais toujours une liste bien rempli, mais ici, je me suis simplement rué en premier sur celui-ci, tant le sujet me touche de prêt.

Je risque donc d'être un peu biaisé bêtement par endroit et il m'a fallu pas mal de recul, avant de poser un avis plus complet.


Le film raconte l’histoire d’une animatrice en stopmotion qui sombre lentement dans ses propres démons, sous la pression d’une mère vieillissante, elle-même animatrice, qui répète inlassablement vouloir « finir ce film avant de mourir ». Une phrase simple, mais qui pèse sur tout le récit. On sent cette urgence, ce poids héréditaire de la création comme malédiction. Et cette relation mère-fille, fusionnelle, toxique, épuisante, c’est sans doute ce qu’il y a de plus juste dans tout le film.

C’est là que Stopmotion touche quelque chose de vrai, de profondément humain.

Le début de l'histoire m'a complètement convaincu, il est terriblement efficace et j'étais déjà atteins d'une confiance aveugle pour le film!


Il y a quelques moments de génie. Ce plan, par exemple, où elles mangent ensemble une viande élastique, presque caoutchouteuse, comme si leur repas était une extension de leur travail, une métaphore organique du cycle infernal de la création, où même se nourrir devient répétition mécanique et pleine de friction. Ces petits détails, presque anodins, racontent bien plus que les dialogues... La fatigue, la folie, l’enfermement.


Mais paradoxalement, c’est aussi là que le film se perd.

En travaillant moi-même dans l’univers de l’animation, je n’ai pas retrouvé la réalité de ce milieu. Rien n’y ressemble vraiment, ni la façon de créer, ni les profils d'humain qui y travaillent, ni la relation au travail. Tout sonne trop générique, comme si la stopmotion n’était qu’un décor interchangeable. On aurait pu y mettre des peintres, des artistes de cirque, voir des joueurs de flute... L’histoire aurait été exactement la même.

Et c’est dommage, parce que ce choix de médium aurait pu être vertigineux s’il avait été poussé jusqu’au bout.


Le matériau même de la stopmotion, pourtant, est une bénédiction pour le cinéma d’horreur. Il y a cette dimension sensorielle et organique, faite de textures, de gestes, de sons. Un malaise tangible, presque physique. J'ai tellement entendu dire que ce type d'animation provoque des saccades bien à lui dans son animation qu'il en perturbe beaucoup.

Stopmotion en joue par moments, avec des surfaces molles, des silhouettes mouvantes, un bruit sourd qui semble toujours venir du fond de la matière. Ce n’est pas une horreur de sursaut, c’est une horreur du ressenti. Mais elle reste trop timide. Le film donne souvent l’impression d’effleurer son propre potentiel sans oser s’y abandonner complètement.


Visuellement, Robert Morgan propose tout de même quelque chose de singulier. Son univers est cohérent, poisseux, hanté par la matière et son héroïne y brille littéralement. Sa performance fait tenir le film quand tout vacille. On sent la peur, la honte, la rage contenue, la douleur de créer et cette palette d'émotion m'a très facilement emporté!

Si le long-métrage garde une tension, c’est bien grâce à elle.


Mais on ne peut pas ignorer ses failles... Le récit se délite parfois, manque de rythme, les personnages secondaires existent à peine, et l’ensemble paraît souvent plus symbolique que narratif. Stopmotion s’égare dans sa propre idée, comme si le film devenait, à son tour, le miroir de cette création impossible qu’il raconte. C’est fascinant, mais frustrant.


Au final, Stopmotion est une œuvre paradoxale. Visuellement, c’est un petit cauchemar éveillé. Narrativement, c’est une coquille fissurée. J’en ressors partagé, puisque séduit par la justesse de certaines obsessions, la beauté maladive de ses textures, mais déçu de voir à quel point l’univers de l’animation y est réduit à un simple motif.

Et pourtant, malgré ses maladresses, quelque chose persiste. Un regret, un écho, une douleur douce. Comme une marionnette encore suspendue au fil, attendant qu’on lui redonne vie.

KumaCreep
6
Écrit par

Créée

le 31 oct. 2025

Critique lue 8 fois

KumaCreep

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