Strange Darling est le genre de proposition cinématographique qui divise par son envie flagrante de bien faire, tout en restant un peu prisonnière de ses propres artifices. J.T. Mollner livre ici un thriller visuellement superbe, porté par une photographie en 35mm qui donne un grain et une texture magnifiques à l'image, rappelant le meilleur du cinéma de genre des années 70. La structure narrative non linéaire est audacieuse et permet de maintenir un certain mystère durant la première moitié du film, offrant des rebondissements qui bousculent efficacement les attentes du spectateur. Cependant, cette construction finit par devenir un peu fatigante sur la longueur, donnant parfois l'impression que le réalisateur cherche plus à nous manipuler qu'à raconter une histoire vraiment profonde. Si les performances des acteurs sont solides et l'ambiance particulièrement travaillée, le scénario manque cruellement de substance une fois que les masques tombent, nous laissant sur une sensation de "beaucoup de bruit pour rien". C’est un exercice de style maîtrisé et plaisant à regarder pour tout amateur de thriller, mais qui manque sans doute d'un souffle émotionnel plus sincère pour devenir une œuvre vraiment mémorable sur la durée.