Film visionnaire qui, presque trente ans plus tard, résonne encore avec une troublante actualité. Mélange de film noir, de thriller cyberpunk et de dystopie urbaine, le film nous propulse dans un Los Angeles en état de tension, à la veille de l’an 2000. L’intrigue suit Lenny Nero (Ralph Fiennes), ancien flic reconverti dans le commerce illégal de disques SQUID, permettant de revivre les expériences sensorielles d’autrui, une technologie fascinante et inquiétante qui, comme l'I.A aujourd'hui, brouille les frontières entre réel et virtuel.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’énergie brute du film. Bigelow filme la ville comme un organisme malade, étouffant sous la violence policière, le racisme systémique et l’hédonisme désespéré de fin de siècle. La mise en scène est électrique : les scènes en vue subjective, notamment l’ouverture, immergent le spectateur dans une expérience sensorielle inédite pour l’époque. Ralph Fiennes compose un héros ambigu, à la fois charmeur et pathétique qui n'arrête pas de se ramasser des gnons dans la gueule et les accepte limite sans broncher, tandis qu’Angela Bassett incarne la force morale du récit avec intensité.
Si Strange Days a été un échec commercial à sa sortie, il est aujourd’hui reconnu comme un film culte, autant pour son audace formelle que pour la pertinence de ses thématiques : voyeurisme technologique, manipulation des images, montée des extrêmes… Bigelow anticipe notre ère numérique avec une lucidité presque prophétique.
Certes, le film souffre parfois d’un rythme inégal et de quelques dialogues datés, mais sa rage politique, sa noirceur esthétique et sa vision du futur en font une œuvre incontournable du cinéma cyberpunk. À redécouvrir absolument surtout, surtout à l’heure où nos vies se mêlent plus que jamais au virtuel.