Avec son titre "Street Trash" (déchet de rue, le nom péjoratif pour les pauvres, équivalent de "clochard" chez nous), t'as cru que le film ne crachait que sur les pauvres ? Et non ! Toutes les classes en prennent pour leur grade : les pauvres, les riches, les classes moyennes, les flics, les mafieux, tout le monde.
On dirait un film de la Troma de Lloyd Kaufmann (surtout que je crois reconnaître des décors de New York ou sinon des équivalents) mais avec une détestation pour le genre humain, où 90% des gens sont des ordures aussi pourries de l'intérieur que les clochards du film le sont à l'extérieur.
Après, chacun est un spécimen : entre le chef clodo psychopathe vétéran du Vietnam, sa fiancée chouinarde, le flic à la Dirty Harry, le parrain mafieux qui tabasse son portier, le patron de casse obsédé sexuel, et enfin le vendeur de liqueurs qui fait circuler du faux alcool décapant qui tue ses buveurs (le Viper), on n'est pas sortis de l'auberge.
On croit commencer qu'avec un film qui n'est démo technique d'effets gores grotesques et colorés (pour échapper à la censure car le rouge sang choquait plus que de voir des gens qui fondent par acide), on finit avec une satire au vitriol de l'humanité.
Le pote du héros qui vole dans le magasin est obligé de faire un scandale car une connasse l'a dénoncé et il veut juste à manger ; les clochards oscillent entre la victime du système violent et l'alcoolique maniaque obsédé qui abuse d'une femme à mort et joue avec du zgeg coupé ; l'autre patron prédateur sexuel couche d'ailleurs avec le cadavre de cette dernière et chope la chtouille ; le flic violent tabasse du mafieux et leur vomit dessus ; mais il se fait zigouiller par le vétéran du Vietnam ; le patron mafieux tabasse son portier pour rien mais se fait vite remplacer par le même portier car il a bu du Viper comme un con, etc.
Tantôt comédie noire gore, tantôt film d'horreur sociale, Street Trash est vraiment le rendez-vous des ordures pourries qui s'en foutent plein la gueule pendant que nos héros un tantinet corrects veulent juste vivre en paix.
Dire que ça avait commencé comme un projet étudiant fauché en 1982, mais que ça a fini comme référence du film d'horreur trash avec effets spéciaux traditionnels poussés au paroxysme. Il faudra attendre une nouvelle tentative en 2024 pour avoir un film pareil, lequel sera plus du côté des pauvres, mais pas moins tendre pour autant.