Subham est la parfaite illustration de l’inventivité et de l’originalité du cinéma indien. Les cinéastes osent tout : ils explorent, s’amusent, bousculent les formes, sans jamais s’enfermer dans les scripts clonés qui dominent le cinéma hollywoodien.
Qui, en Occident, penserait à faire tout un film sur des femmes littéralement possédées par un feuilleton télévisé… au point de menacer la position dominante des mâles alpha du village ?
L’histoire est complètement décalée, sans jamais se prendre au sérieux, tout en caricaturant les archétypes masculins (l’homme viril en quête de domination conjugale) et féminins (la femme absorbée par le mélodrame romantique).
Les acteurs s’amusent visiblement, et le spectateur avec eux. Les actrices rendent de façon très convaincante leur état de possession. Pourtant, il ne s’agit pas ici de possession au sens propre, mais bien d’un phénomène psychologique. Les hommes eux-mêmes sont possédés — par leurs projections, leurs peurs, leur difficulté à lâcher prise sur un modèle de pouvoir. Si Subham reprend les codes visuels du film d’horreur (fumée, lune, musique oppressante), c’est pour donner corps à l’état psychique et émotionnel de ses personnages.
Le ton est léger, mais le propos est profond. Le trio d’amis découvre que le problème n’est pas le feuilleton, mais leur propre incompréhension des femmes, qui aspirent à de l’écoute, du respect, un espace à elles. En créant une fin alternative au soap, ils libèrent leurs épouses de cette emprise imaginaire — et rétablissent, peu à peu, une complicité partagée.
Cette comédie horrifique, aussi inattendue que réjouissante, dépayse, divertit, et touche juste dans sa manière de traiter une question très contemporaine : qui possède qui, dans le couple moderne ?