9
96 critiques
Ardente douceur
"La mer était douce, tiède, le soleil léger maintenant sur les têtes mouillées, et la gloire de la lumière emplissait ces jeunes corps d’une joie qui les faisait crier sans arrêt. Ils régnaient sur...
le 10 juin 2020
"La mer était douce, tiède, le soleil léger maintenant sur les têtes mouillées, et la gloire de la lumière emplissait ces jeunes corps d’une joie qui les faisait crier sans arrêt. Ils régnaient sur la vie et sur la mer, et ce que le monde peut donner de plus fastueux, ils le recevaient et en usaient sans mesure, comme des seigneurs assurés de leurs richesses irremplaçables."
Toute la sensibilité dont est empreint Le premier homme d'Albert Camus, nous la retrouvons dans ce court-métrage d'Ilias El Faris : Sukar. L'insouciance des enfants foulant le sable ardent, la lascivité affolante de jeunes amants, l'indolence d'un couple de policiers désabusés ... Sukar dresse ainsi un panorama poétique des trois âges de la vie ... Cette fascination quasi-religieuse qu'un modeste cornet de frites suscite auprès du jeune Camus et ses amis fait écho à la scène du marchand de beignets dans Sukar.
"Tous les jours, à la saison, un marchand de frites activait son fourneau. La plupart du temps, le petit groupe n’avait même pas l’argent d’un cornet. Si par hasard l’un d’entre eux avait la pièce nécessaire, il achetait son cornet, avançait gravement vers la plage, suivi du cortège respectueux des camarades et, devant la mer, à l’ombre d’une vieille barque démantibulée, plantant ses pieds dans le sable, il se laissait tomber sur les fesses, portant d’une main son cornet bien vertical et le couvrant de l’autre pour ne perdre aucun des gros flocons croustillants. L’usage était alors qu’il offrît une frite à chacun des camarades, qui savourait religieusement l’unique friandise chaude et parfumée d’huile forte qu’il leur laissait."
Tout semble converger vers le désir sur cette plage embrasée de Casablanca, un désir épris de douceur comme de violence, un désir délicat couvant une sensualité exacerbée. La question de la sexualité au Maroc et les enjeux contemporains qu'elle soulève est finement soulignée par Ilias El Faris. Tout comme Antigone est la figure personnifiée de la Résistance et Créon celle d'un Etat totalitaire, la police de Sukar est l'allégorie de la pression sociale exercée par les acteurs de la société marocaine envers une génération en quête d'émancipation. Les châteaux de sable se métamorphosent en corps de femme que les jeunes garçons façonnent et effleurent avec volupté. Les amoureux sont arrachés à la mer, menottés, et s'éloignent à cheval tels les amants sacrifiés de Mizoguchi.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
le 10 juin 2020
Critique lue 517 fois
9
96 critiques
"La mer était douce, tiède, le soleil léger maintenant sur les têtes mouillées, et la gloire de la lumière emplissait ces jeunes corps d’une joie qui les faisait crier sans arrêt. Ils régnaient sur...
le 10 juin 2020
3
96 critiques
Après une vingtaine de pages, Houris de Kamel Daoud déçoit déjà, malgré mes attentes élevées en tant que lectrice passionnée et exigeante. Le style de Daoud se veut poétique et profond, mais il tombe...
le 9 nov. 2024
8
96 critiques
Il n’y avait pas foule en ce début d’après-midi au théâtre croisette pour la projection du premier long-métrage de la réalisatrice croate Antoneta Alamat Kusijanović. La mer, la roche, les plages de...
le 14 juil. 2021
5
96 critiques
Pour Sama met à l'honneur l'héroïsme des civils : ceux qui soignent, ceux qui filment, ceux qui résistent, ceux qui survivent ... Dommage que celui-ci manque cruellement de matière d'un point de vue...
le 20 oct. 2019
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème