4
le 25 mars 2019
SuivreKISASSZONY...
Cette critique et plein d'autres sont disponibles sur https://www.epistemofilms.fr/ avec des photographies. Cette proposition est susceptible de heurter la sensibilité des spectateurs n'ayant pas...
SUNSET (17,2) (László Nemes, HON, 2018, 143min) :
Quatre ans après avoir proposé une nouvelle représentation au cinéma de l'abomination du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, avec le puissant Le Fils de Saul (Grand Prix et Prix FIPRESCI du Festival de Cannes 2015), László Nemes livre un sublime drame intime au cœur de l'empire austro-hongrois à Budapest en 1913.
Ce radical nouvel objet cinématographique s'ouvre sur le visage d'une jeune fille, Irisz Leiter, dont le voile se lève, comme pour mieux annoncer d'emblée ses intentions sur son retour dans cette luxueuse fabrique de couvre-chefs pour la haute bourgeoisie hongroise, appartenant autrefois à ses parents. Cette ouverture définit d'entrée l'ambition retorse du cinéaste en dévoilant un visage dont le parcours sera bien moins clair que ce que cet acte laisse présager, et pose directement notre regard complice sur l'héroïne de l'intrigue, dont le spectateur va suivre le point de vue. Cette optique narrative s'accompagne d'une mise en scène collant constamment au plus près d'Iris, à travers de longs plans séquences anxiogènes. La caméra opte pour le choix de la pellicule 35mm et du format 1:1.85 pour une meilleure optique sphérique enfermant ainsi le personnage dans une vision floue du monde qui l'entoure à l'arrière-plan, au sein d'une superbe photographie à la teneur chromatique qui sied parfaitement avec l'époque et à la poussiéreuse ville de Budapest de la Belle Époque.
Le talentueux metteur en scène invite le spectateur à suivre cette jeune femme assez mutique dans une quête intime, à la recherche de son frère accusé d'avoir voulu assassiner le nouveau propriétaire du magasin, et de faire partie d'un groupuscule révolutionnaire prêt notamment à mettre le feu à cette boutique représentant le luxe. À travers les pas de la jeune femme, faisant face à l'adversité du nouveau patron et de ses collègues pour récupérer "son héritage familial" et la découverte d'un obscur secret, la caméra immersive dépeint un monde bouillonnant où l'insouciance d'avant-guerre se mélange au déclin de la monarchie en Europe. Le scénario se dévoile par petites pièces d'un puzzle à reconstituer grâce à des phrases minimalistes, bribes de mots ou non-dits, avec une subjectivité opaque, reflétant les doutes de la protagoniste illustrés de façon pertinente par une bande son extrêmement travaillée, où de nombreux bruits sourds, vacarmes urbains et conversations inaudibles amplifient cette sensation anxiogène ressentie par Irisz.
Une œuvre romanesque où le cinéaste préfère jouer des ambivalences pour mieux accompagner ce voyage initiatique à l'esprit kafkaïen en cassant les codes de la psychologie du personnage pour nous faire plus ressentir que tout comprendre. Cette fascinante expérience sensorielle immersive déroutante conduit le spectateur exigeant à un passionnant voyage dans les profondeurs de l'âme humaine avant que le monde s'écroule sous le bruit et la fureur des tranchées de la Grande Guerre. Cette esthétique fable cruelle métaphorique révèle un monde qui sombre autour de l'ambivalente jeune femme qui ne comprend pas vraiment pourquoi, étant ici le symbole innocent et sibyllin, presque métaphysique de la capacité de nos civilisations à s'autodétruire. Un magistral long métrage raffiné dans les splendides reconstitutions des costumes et des décors, utilisant intelligemment le somptueux morceau de Franz Schubert La Jeune fille et la mort pour accompagner le cheminement de l'énigmatique Irisz (splendide révélation de l'actrice Juli Jakab) dans sa quête de vérité, jusqu'à la chute...
Venez escorter le chemin embrumé de cette jeune femme, et venez vous perdre auprès d'elle dans les prémices d'un monde au bord du chaos au sein du remarquable Sunset. Vertigineux. Elliptique. Impressionnant. Somptueux.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2019
Créée
le 20 mars 2019
Critique lue 1.4K fois
4
le 25 mars 2019
SuivreCette critique et plein d'autres sont disponibles sur https://www.epistemofilms.fr/ avec des photographies. Cette proposition est susceptible de heurter la sensibilité des spectateurs n'ayant pas...
8
le 19 mars 2019
SuivreFoudroyé sur place par Le fils de Saul, Grand prix du jury à Cannes puis Golden Globe et Oscar du meilleur film étranger, j’attendais Sunset avec un intérêt non feint même si je pensais naïvement que...
8
le 15 mars 2020
SuivreLe fond et la forme, le scénario et l’esthétique, l’intelligible et les sensations. Plus d’un siècle d’histoire du cinéma et on en est toujours là, tenu par ce dualisme typiquement occidental...
5
le 27 août 2025
SuivreDarren Aronofsky promettait du fun et du cool pour évoquer avec nostalgie son New York de la fin des années 90 avec ce thriller amoral, annoncé drôlement cruel. Mais le réalisateur malgré un sens de...
8
le 11 mai 2018
SuivrePLAIRE, AIMER ET COURIR VITE (2018) de Christophe Honoré Cette superbe romance en plein été 93, conte la rencontre entre Arthur, jeune étudiant breton de 22 ans et Jacques, un écrivain parisien qui a...
7
le 19 févr. 2018
SuivreMOI, TONYA (15,3) (Craig Gillespie, USA, 2018, 121min) : Étonnant Biopic narrant le destin tragique de Tonya Harding, patineuse artistique, célèbre pour être la première à avoir fait un triple axel...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème