Un film gentil comme tout
Comme je me tiens en fait pas trop au courant de l'actualité ciné, je viens de mater un peu les trailers que j'avais pas vus avant de voir le film, j'en avais juste entendu du bien à la radio et j'avais envie de me vider la tête devant la toile. Une chance, que j'aie pas maté les trailers avant, parce que globalement, ils ne donnent absolument pas la mesure de ce que l'on va voir et sont assez foireux. En tous cas de ce que j'ai vu.
Bon, c'est l'été et dans ma ville le ciné qui fait de la VOstFR est fermé pour travaux, j'ai du faire la rude démarche d'aller au foutu multiplexe du coin. Je suis arrivé d'une sale humeur au final.
Heureusement que le film était bon. Vraiment.
Les trailers laissent entendre un film effectivement, comme on le lit partout, entre Cloverfield et les Goonies. Bon. Plus près des Goonies quand même dans l'esprit, Cloverfield, faut quand même chercher très loin. Même l'apparition de la marque Kodak dans pas mal de plans est loin d'égaler la pub atroce pour Sephora dans Cloverfield. Voilà, Super 8, faut être honnête, ça provoque chez un grand dadet comme moi, la trentaine, avec une chambre assez comme dans le film quand j'étais gosse, une inévitable tendresse. Le groupe de gamins, la fille qui vient en faire partie (comme Beverly dans "Ça"), bref, des choses récurrentes qui font du bien. Des scènes comme ça, le héros et la belle dans la chambre bordélique du premier, à causer en pleine nuit, et sa gêne, et tout ça. Banal et pourtant bien amené.
Le traitement est réactualisé, et on échappe heureusement à la simple resucée nostalgique des bons films de Spielberg avec des mômes comme héros. On y retrouve la même fraîcheur, la même naïveté, mais aussi une vision qui a tout de même évolué entretemps, bien que l'histoire se passe en 1979. La réalisation est soignée, sans excès, voire relativement sage, mais en adéquation avec le sujet traité. Les gosses qui jouent dans ce film sont assez épatants, ça sort naturellement, on les croit, et on a envie de cavaler avec eux dans leurs aventures. Ils sont touchants.
Pour le coup, les défauts du film passent pour moi au second plan. Ils existent tout de même. Le premier à mon goût serait le scénario un peu léger, et parfois mal maîtrisé -voire absurde-. Ensuite, la candeur un peu pesante de certaines scènes. Le clin d'oeil parfois un peu trop appuyé -limite pénible- aux gens de ma génération et de celle de juste avant. Enfin, un monstre bien plus efficace supposé que révélé, cette révélation en faisant quelque chose d'assez fade, qui perd en profondeur, et n'est pas assumée, puisque les plans conservent un aspect assez évasif. J'ai lu que la scène du train qui déraille, cœur de la première partie du film, laissait certains dubitatifs. Pour ma part, elle est certes très surréaliste, et on en fait des caisses et des caisses avec des effets spéciaux qui frisent l'outrage. En même temps, cet excès rend absolument fantastique et terrifiant l'évènement. J'aime à me dire qu'on voit cet accident plus comme des gamins le vivent, que comme des adultes rationnels, ou (moins?) pire, une caméra de vidéosurveillance. C'est une scène aux effets généreux, ça sent la luxure de synthèse, les explosions sont plantureuses et les vols planés de wagons sont sensuels... pour moi, ça cadrait bien avec l'ensemble.
Alors oui, c'est un film "commercial", "grand public". Je dirais "populaire", et c'est déjà moins gênant. Ça n'empêche rien. Quand ça cause, ça cause. En vouloir à Super 8 pour ça reviendrait à en vouloir à Indiana Jones, Ghostbusters et Retour vers le Futur réunis. Et ça, je suis pas prêt à leur en vouloir...
En tous cas, une heureuse surprise que ce film, un casting très efficace, un après-midi avec un sourire en coin, et une envie de courir à dix ans dans la cambrousse de mon enfance après la Bête des Vosges et autres monstres qui ont peuplé mes jeunes années.