Superman 2 (1980) est un film moyen. Initialement réalisé par Richard Donner en tant que suite directe du 1er opus avant de revenir en cours de tournage à Richard Lester sur décision des producteurs, il a un je-ne-sais-quoi d’hybride qui le rend moins efficace et mémorable qu’espéré.
Pourtant, son scénario est simple, à savoir notre super-héros qui se retrouve confronté à de nouveaux ennemis, le Général Zod et ses deux acolytes, des criminels de Krypton qu’il a accidentellement libéré de la Zone Fantôme (sorte de prison spatiale) au cours d’une intervention musclée à Paris, tandis que sa relation avec son amie Lois s’approfondie, rendant encore plus compliqué pour lui de cacher son identité secrète.
Alors, qu’est-ce qui pêche exactement ? On l’abordera bientôt, mais avant, parlons des deux rôles principaux.
On retrouve donc le regretté Christopher Reeve en tête d’affiche et, on dira ce qu’on voudra, mais il est et restera le Superman le plus emblématique du cinéma. En plus de porter la combinaison bleue et rouge avec panache, il savait - par sa posture, son attitude, son débit de parole - retranscrire la dualité de l’Homme d’Acier comme personne, au point que l'on croit aussi bien à son Superman/Kal-El qu’à son Clark Kent, malgré la simplicité de l’accessoire censé les différencier dans la diégèse, qui est une paire de lunettes. Et ici, notre justicier connaît un dilemme important, son destin de sur-homme ou l'amour, donnant à voir pour la première fois ses failles.
Quant à Margot Kidder, avec qui Reeve avait une belle alchimie, elle reste également convaincante en Lois Lane ambitieuse et intérêt amoureux de Clark/Superman. On notera tout de même dans son cas de curieux changements d’apparence au fil du film (à certains moments, elle apparaît amaigrie, et d’autres fois, avec une autre coupe de cheveux), causés par le remplacement de Donner par Lester qui dut tout refilmer. Ce n’est pas grave mais on ne peut pas ne pas le relever.
Au reste, si je devais me montrer vraiment pointilleuse, j’évoquerais justement le traitement du couple central qui, cette fois, ne m’a pas emballée à 100%, puisque celui-ci a un peu perdu de sa fraicheur.
En effet, même s’il était logique que les choses deviennent sérieuses entre eux,
il n’était pas nécessaire pour autant de les faire partager une scène d’amour, c’est trop bizarre au vu de la candeur de notre personnage-titre ; en plus, celle-ci arrive dans la Forteresse de la Solitude, qui doit être le lieu le moins cossu et romantique qui soit.
Mais là encore, je cherche la petite bête, ayant conscience que ce genre de scènes très premier degré, perçues comme insolites et/ou même risibles actuellement, étaient en adéquation avec les mentalités naïves de l’époque. Et à vrai dire, c'est cette naïveté quelque peu désuète qui donne son charme au film.
Non, là où la pilule passe difficilement pour ce qui est du scénario est
quand l'identité secrète de Clark est dévoilée, ou plutôt la façon dont c'est fait. Je veux dire, en plus d'être forcée, cette scène manque d'impact (l'insensibilité au feu ne constitue pas une preuve suffisante pour que Lois déduise que Clark est Superman selon moi). Puis la chambre d'hôtel où c'est mis en place est juste trop moche.
Et j'ai également tiqué quand, à la fin, notre héros décide d’effacer - à court terme - la mémoire de sa bien-aimée par un baiser magique pour lui éviter d’être troublée de savoir son secret. Sérieusement ? Il est allé jusqu’à se rendre mortel par amour pour elle (approfondissement interne audacieux, bien que passager) et il doit aussi sacrifier leur couple naissant parce que madame n’est pas fichue d'encaisser ce fardeau qui, dans les faits, n'est pas le sien ? Franchement, ce choix fait d’elle une capricieuse et rend tous les efforts de Clark/Superman envers elle et tout ce qu'ils ont partagé vains ; c’est dommage !
Mais ça me fait réaliser combien les visions de Donner et Lester étaient diamétralement opposées, l'un ayant instauré un univers idéalisé de comics que l'autre a teinté de cynisme, au risque de dérouter les fans.
Aussi, l’autre point qui fait fortement défaut au film pour moi est la démultiplication des méchants et, surtout, leur fadeur. Si Lex Luthor n’avait pas des motivations des plus recherchées dans le précédent volet, il se démarquait un minimum par sa personnalité vaniteuse un peu drôle, sa relation avec son assistante Melle Teschmacher, et ses réflexions de « génie du mal » autoproclamé pour éliminer notre bienfaiteur, alors qu’ici, on a affaire à des super-vilains au look new wave tout ce qu’il y a de plus cliché, pour ne pas dire grotesque, ne faisant rien d’autre que semer le chaos à la one again pour prouver leur supériorité : c’est bateau, manichéen au possible et, en conséquence, pas très excitant à suivre, surtout que leurs interprètes ne sont pas bien inspirés, Terence Stamp compris (le Général Zod). Et c’est d’autant plus dommageable qu’ils accaparent la moitié du film entre les scènes plus ou moins romantiques de Clark/Superman et Lois, allant jusqu’à le rendre ennuyeux par intermittence.
Cela dit, j’ai vaguement apprécié la collaboration du trio avec Lex Luthor (Gene Hackman injectant des touches d’humour par-ci par-là dans ce rôle), ainsi que leur confrontation finale avec notre justicier dont on découvre de nouveaux pouvoirs.
En outre, il serait injuste de ne pas louer la BO qui est quand même une des pièces maîtresses de la saga. Composée à l'origine par le légendaire John Williams (Star Wars; Indiana Jones; Jurassic Park) à qui on doit notamment le thème mythique réutilisé dans les génériques d'ouverture des volets 1, 2 et 4 (qui doivent être les plus longs que j'aie jamais vus), elle revient ici à Ken Thorne qui, ma foi, se défend admirablement. A partir des compositions musicales de J. Williams, il a su entretenir l'identité sonore grandiose du premier film et garder ce deuxième épisode un minimum attractif.
En somme, même si le public - d'aujourd'hui en particulier - est davantage susceptible de retenir les faiblesses de Superman 2, allant de son récit mal géré à ses méchants bidons, en passant par ses effets spéciaux datés et son trop-plein de kitsch, on ne peut nier ses qualités dans le même temps, comme sa BO jouissive, ses scènes de combat plus ou moins valables et bien sûr la performance inoubliable de Christopher Reeve, qui en font un divertissement relativement correct.
6/10