Le crépuscule d'un dieu : Superman revient sans renaître

Bryan Singer, fort du prestige acquis avec ses premiers films, s’attaque en 2006 à l’icône parmi les icônes : Superman. Et pourtant, Superman Returns ne renaît pas tant qu’il ne s’exhume péniblement, relique trop révérencieuse, prisonnière de son propre culte. Car à vouloir sanctifier l’œuvre de Richard Donner — ce classique fondateur de 1978 — le film en oublie de battre d’un cœur propre, de voler de ses propres ailes. Là où l’on espérait un renouveau lyrique, un élan mythologique vibrant, Singer nous offre un mausolée de marbre : somptueux mais figé, d’une beauté glaciale et d’un lyrisme compassé. La direction artistique est soignée, la photographie élégante, mais ces atours peinent à masquer l’inertie d’un récit qui cherche la grâce sans jamais vraiment l’effleurer.


Brandon Routh, certes touchant dans son mutisme presque christique, reste une silhouette, une ombre douce du Superman de Christopher Reeve. Le mimétisme est troublant mais jamais transcendant. Loin d’incarner une nouvelle ère, il semble seulement rejouer une partition ancienne, avec une émotion feutrée qui n’ose jamais éclore. Même Lex Luthor, campé par un Kevin Spacey théâtral mais peu inspiré, oscille entre caricature et banalité. L’intrigue, elle, se dilue dans une solennité étouffante, à peine rythmée par des envolées d’action trop rares et un romantisme évanescent.


Ce qui aurait pu être une relecture puissante du mythe, entre héritage et modernité, devient un exercice d’admiration compassée. À force de révérence, Singer oublie la sève, le souffle, l’urgence de raconter à nouveau. Il nous livre un film en miroir, figé dans le passé, un écho mélancolique qui ne trouve jamais sa propre voix. Superman Returns ne revient pas vraiment : il ressasse, il regrette, il s’excuse presque d’exister. Et l’on ressort de cette expérience comme d’un rêve délavé, orphelin de magie, le regard levé vers un ciel trop vide.

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le 29 juin 2025

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Kelemvor

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