En gros, c'est le Dune polonais ou presque.


C'est l'histoire de plusieurs astronautes terriens (Georges, Marc et Jacques), qui atterrissent chacun à leur tour sur une planète assez similaire à la Terre (on va appeler cette planète la "Lune" ou "Le Globe d'argent").


Jacques reste d'abord sur une Terre qui semble soit post-apocalyptique, soit dans un état mi-futuriste mi-primitiviste (les astronautes ont des voitures et de la technologie, mais prennent des drogues avec des sortes de tribus à l'Amérindienne qui montent à cheval).


C'est donc Georges qui est envoyé dans un premier temps avec d'autres astronautes (dont sa future femme Marthe). Toutefois, l’atterrissage sur le Globe d'argent se passe mal et ils doivent fonder une colonie en régressant à l'état préhistorique dans des forêts près de la mer. Georges toutefois n'arrive pas à rester stable mentalement, mais prend une fonction de "Vieil Homme" (de sage) puis de demi-dieu.


Leur collègue Thomas devient le roi fondateur de la lignée des Thomas (Ier, II et III) qui iront combattre les "démons" aviaires Chern, qui ont trois yeux et vivent dans une ville au delà des mers. Mais les Chern battent les troupes de Thomas III et Georges ne peut que contempler les malheurs des colons sur plusieurs générations, inconscient de son influence sur cette dernière au niveau religieux avant de mourir de vieillesse.


C'est aussi là qu'on voit les défauts du film : autant on a beaucoup d'action à la minute, un cadre et des filtres donnant un air d'exotisme teinté de vie à l'ancienne et de croyances ancestrales + une constante dans l'histoire avec des messages sur l'intégrisme religieux, la folie et la violence ; autant on a aussi beaucoup de diarrhées verbales philosophiques et du cabotinage qui rendent le scénario plus fait pour le théâtre que le cinéma.


Sans compter que si on comprend les aboutissants, mais on comprend pas tous les tenants (notamment l'état de la Terre et la raison du voyage des astronautes terriens à la base).


De même, quand Marc arrive sur le Globe d'argent, on voit beaucoup ce cabotinage d'acteur (qui peut toutefois être expliqué à cause des Chern : ils lui parlent par télépathie et ça donne mal au crâne).

Quand Marc arrive des décennies plus tard, la planète est au stade médiéval et a une religion et une société divisée entre guerriers, religieux et acteurs. Sa venue était même prophétisée sans qu'on sache comment (à part qu'il voulait fuir sa femme adultère).


Marc endosse le rôle de Messie/Sauveur/Roi/Dieu et survit à quelques intrigues de palais, puis il mène le combat contre les Chern jusque dans leur Cité qui ressemble à n'importe quelle ville terrienne en ruine. À son retour, comprenant que les Chern ne sont pas si différents des êtres humains et que la religion l'a poussé à faire des choses abjectes, il tente de reprendre le contrôle du Globe mais les prêtres au pouvoir le lapident et le crucifient avant.

Jacques lui-même assiste impuissant à la mort de Marc depuis la Terre mais échoue à pouvoir le ramener ou faire quoi que ce soit. Il meurt d'une overdose de drogue et son âme s'envole au loin.


C'est tout ce dont la narration en voix off dira sans plus de précisions, mais il y a aussi une raison qui explique certains trous d'intrigues ou montages : en effet, Andrzej Zulawski adapte les romans de la Trilogie lunaire de son père Jerzy. Il avait tourné le film entre 1974 et 1977 en Pologne soviétique et dans le Caucase de l'URSS (d'où les décors à la fois exotiques et occidentaux, leur donnant un air à la fois "sélénite" et familier).


Problème : les autorités soviets polonaises ont cru que les Cherns, dépeints comme "bestiaux, violents et cruels", représentaient les autorités et donc le film comme une lutte contre le communisme avec exaltation de la religion. Ils ont donc censuré le film en arrêtant le tournage en 1977.


Le film a donc aussi de l'intérêt de par l'histoire de son tournage mouvementé. Mais c'est aussi là qu'on voit que les autorités ont rien compris au film ou étaient susceptibles (un peu comme David Zlaslav de la Warner Bros, que je soupçonne d'avoir empêcher la diffusion de Coyote Vs ACME car il se serait reconnu dans les méchants du film américain).


En effet, Sur le globe d'argent dénonce la religion plus qu'elle ne "l'exalte" : car même si nos astronautes "de raison" semblent complètement névrosés et enclins à des angoisses existentielles et philosophiques voire même à la folie menant des tribus primitivistes à leur perte ; bah en même temps, on montre les personnages religieux comme superstitieux, simples d'esprit voire fous eux-mêmes.


Rappel que les troupes de Thomas III se sont crus invincibles grâce à la "bénédiction" d'un Georges vieux et déifié avant de déchanter et de rentrer aux 3/4 massacrés et déchantés + que les religieux de Marc empalent et crucifient ceux qu'ils appellent les "infidèles", y compris Marc lui-même (pourtant aussi déifié) quand celui-ci menace leur influence.


Il faudra attendre 1987 pour que le réalisateur remplisse les 20% manquants du film avec des images aléatoires du quotidien de l'époque et rajoute une voix off expliquant les éléments du scénario à rajouter ainsi que le contexte de censure du film (1987 pouvant être une époque d'assouplissement de la part des soviets polonais, comme pour la pérestroïka russe).


En bref, on pourrait voir l'histoire de Sur le Globe d'argent comme l'évolution d'une colonie terrienne sur une autre planète, passant de l'état préhistorique à médiévale et religieuse en lutte contre un ennemi censé être hostile et évolué mais au final pas si différent des Terriens. Comme si l'ennemi était plutôt l'intégrisme religieux, synonyme de folie meurtrière pouvant tuer aussi bien ses proches que ses propres "dieux". Le contexte de censure soviétique est d'autant plus ironique et donne une aura supplémentaire au film polonais...




Darevenin
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