"Suzanne", selon moi, n'est pas vraiment un film qu'on AIME. C'est aussi un film que l'on ne peut pas vraiment évaluer, ni juger, ni encenser ni vraiment critiquer. Simplement car cette histoire, c'est la vie, la vie de Suzanne, la vie qui pourrait être celle de plein d'autres Suzanne, de plein d'autres filles.
Ce film est tellement réaliste, avec ses silences poignants, ses visages qui traduisent constamment une douleur qui n'a pas l'air de vouloir s'en aller. Katell Quillévéré nous montre la souffrance, sans aucun parti pris. Et justement, c'est peut-être ce réalisme désarmant qui fait que, personnellement, j'ai du mal à émettre un réel jugement sur ce film d'un point de vue artistique. Est-ce une qualité ou un défaut de ce film ? C'est ça qui est dérangeant: tout au long de l'oeuvre, on est mal à l'aise, dans l'attente d'un point culminant dramatique. Mais Quillévéré nous emprisonne dans cette austérité, nous empêche d'en sortir, nous empêche en fait de nous complaire dans le malheur de l'héroïne, suggérant à chaque fois le pire par des ellipses: tout ce que l'on voit, ce sont les "conséquences émotionnelles" que subit Suzanne après chacun des drames de sa vie.
Même lorsqu'un nouveau malheur, terriblement soudain, surgit vers la fin du film, la pudeur prend à nouveau le dessus sur l'intensité (mélo)dramatique qui là encore n'atteint pas le paroxysme éventuellement attendu. Les performances exceptionnelles des acteurs (mention spéciale à Sara Forestier évidemment mais aussi Adèle Haenel) saisissent, excluant donc la nécessité de montrer davantage des évènements.
Au final, on sort de ce film très partagé; mais ce que l'on en retient par dessus tout est l'incroyable capacité à s'aimer malgré tout.