Taïga
8.7
Taïga

Documentaire de Ulrike Ottinger (1992)

Il faut commencer par dire que Taiga c'est beau. Les paysages jouent évidemment beaucoup là dedans, mais on n'est pas dans du tape-à-l'œil de carte portal, ils interviennent soit lors de panoramique pour nous montrer où on est (et c'est toujours dans des coins paumés avec forêts, prairies et montagnes à perte de vue) où simplement en décor naturel, lorsqu'on filme les gens.

Et ce n'est donc pas juste les paysages, c'est aussi les intérieurs, les vêtements, les visages, les gestes. Tout est beau. La caméra d'Ottinger se balade doucement en suivant son regard, inspectant les gens, les lieux, ceux qui veulent être filmés et ceux qui ne le veulent pas. Et tout est beau.


Pour en venir à ce que c'est Taiga, c'est 8 heures de documentaire sur des nomades (principalement, mais pas uniquement des nomades) dans les taïgas mongoles. Ce n'est pas narré, nous avons au mieux quelques sous-titres pour indiquer parfois ce qu'on voit. Il y a très peu d'entretiens (4 ou 5, j'ai un doute), nous sommes là pour regarder (et écouter).

On suit en 38 petites vignettes sans doute une dizaine de groupes de nomades (familles ? tribus ? communautés ?) qui invitent Ulrike Ottinger (et sa petite équipe) chez eux, lors de fêtes, de rituels, voyages, etc. Ils n'y sont pas en observateurs fantomatiques dont on aurait oublié la présence, nous (la caméra) sommes parfois regardés, surtout pour les enfants. Et la présence d'invité est prise en compte par les habitants lors de quelques échanges sous-titrés ou lors de quelques gestes.


Mais passé le dispositif, le film profite de ses huit heures du fait qu'on peut s'attarder sur la durée dans des moments de vie (aucun problème à avoir 30 minutes de chamanisme sans que ça n'en devienne un sujet à part entière du film par exemple), et nous pouvons assister plusieurs fois à chaque chose. Ainsi, la plupart des évènements qu'on pourrait considérer comme des marqueurs culturels de ces peuples sont présents deux fois, à des moments différents, chez des personnes différentes.

Plutôt que de nous offrir sur un plateau d'argent une image fixe de "comment c'est qu'y font là-bas" (ce qui conviendrait à n'importe quel autre film de fiction ou documentaire), le portrait de la taïga se fait à travers les petites différences qu'on remarque entre un premier rituel de chamanisme et un second, des recettes du thé au lait, la façon d'attacher des bêtes pour les traire, etc. Jusqu'au plus évident, à certains endroits on a des rennes, à d'autres de yak, des fois on voyage à pieds, à dos de cheval, de rennes, en moto (ou même en avion).

La culture n'est pas un truc fixe uniforme. C'est dans leurs similitudes et variations qu'on découvre les habitants de la taïga.


Les rares entretiens (on n'entend jamais Ottinger, c'est j'imagine son guide qui discute, questionne) vont dans ce sens, on s'y plaint des temps qui changent, la belle époque où on pouvait avoir un troupeau de 1000 rennes, quand on savait tout faire plutôt que de dépendre de produits manufacturés. Ce n'était pas pareil 30 ans auparavant, et aujourd'hui c'est certainement différent.


Reste un facteur, 8 heures c'est un peu long me direz-vous. Pas tellement finalement. Le film est très agréable à regarder, relaxant, on ne s'y ennuie jamais. Je crois que le son joue pas mal là dedans, quand bien même nous avons dans une séquence plusieurs coupes, le son évite de nous brusquer, soit en conservant le son d'une prise sur le plan suivant, ou par tout autre magie de montage. Les voix sont plutôt douces, les discussions ne sont pas plus bruyantes que le crépitement du feu ou le sifflement du vent, elles interviennent comme un autre son de la taïga. C'est parfois sous-titré, parfois non.


Puis nous avons une certaine liberté en tant que spectateurs, nous avons rarement un sujet unique filmé, mais un groupe. Peut-être tout un tas d'individus affairés à une tâche, une poignée d'autres travaillant en unisson sur quelque chose d'autre. Comme lors d'un ballet. On peut aussi souvent apercevoir quelqu'un qui nous fixe, d'autres qui discutent, etc. Même lors de la prestation d'un shaman, activité vraisemblablement individuelle, il y a des assistants. Et surtout le public. Certains sont fascinés, d'autres semblent s'ennuyer, ou être distraits par quelque chose d'autre, dans le cadre ou en dehors.


Bref, j'aime beaucoup Taiga.

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le 2 déc. 2025

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