Tallywacker souffre d’abord d’une mise en scène quasiment inexistante. Pour un film qui prétend baigner dans l’univers du rock, l’ensemble manque singulièrement d’énergie : plans fixes, champs-contrechamps basiques, scènes dans des appartements ou des voitures… . Même le noir et blanc, qui évoque les productions indépendantes américaines des années 1990, ressemble parfois davantage à un cache-misère qu’à un véritable parti pris esthétique. La photographie est pourtant parfois assez réussie, avec quelques beaux cadrages et une atmosphère qui fonctionnent, mais cela ne suffit pas à compenser une réalisation aussi pauvre.
Le scénario n’arrange rien. Mère ultra-possessive, rock star arrogante, conflit entre amis provoqué par une opportunité professionnelle : tout est tellement caricatural et balisé que l’intrigue devient rapidement prévisible. Le film recycle les codes du road-trip musical et les tensions liées au succès sans jamais vraiment les renouveler.
Il reste heureusement les deux personnages principaux, et surtout leurs dialogues. Jeremy Dubs et Chris Goodwin étant amis dans la vie, leur complicité passe à l’écran et certaines répliques font mouche. Cet humour de comptoir entre potes apporte quelques vrais moments de spontanéité. Mais les acteurs sont globalement assez mauvais, et certaines scènes sonnent franchement faux, jusque dans des détails censés être naturels — une bière, une conversation, une attitude… On sent parfois les comédiens en train de jouer plutôt que les personnages en train de vivre. Le paradoxe est d’autant plus amusant que le film est inspiré d’expériences réelles, et cela se sent : derrière les personnages et les situations parfois caricaturales, il y a manifestement du vécu. On a moins l’impression de voir des acteurs jouer des musiciens que des musiciens jouer, avec leurs propres souvenirs, leurs propres relations et une certaine part d’eux-mêmes.
C’est sans doute ce qui sauve Tallywacker de la totale indifférence. Cinématographiquement maladroit, souvent très pauvre dans sa mise en scène et prévisible dans son écriture, le film n’en reste pas moins sympathique, parfois drôle et même touchant. On devine surtout le plaisir qu’ont pris ces copains musiciens à raconter une histoire qui leur ressemble. Un film de potes, donc, avec toutes les limites que cela suppose, mais aussi avec une sincérité et une chaleur qui finissent par le rendre attachant.