Oui.
Pourquoi acceptons-nous de payer un billet d’entrée – parfois relativement onéreux, a fortiori quand on gagne modestement sa vie – pour aller s’asseoir dans une salle obscure et regarder passivement pendant 1h30 voire plus des images animées ?
Oui, pourquoi ça ?
Il y a sans doute autant de réponses à cette question qu’il y a eu de spectateurs depuis la première diffusion de « L’arrivée du train en gare de La Ciotat » de Louis Lumière en 1896.
Mais « Tardes de Soledad » d’Albert Serra fait et fera incontestablement partie de ces rares œuvres qui peuvent apporter une réponse pertinente à cette question.
Nous allons au Cinéma pour ressentir des plaisirs et, surtout, des émotions - belles ou, au contraire dérangeantes, voire même très dérangeantes comme ici avec Tardes de Soledad - que notre quotidien routinier, que notre « plan-plan » de tous les jours, bref, que nos vies monotones, sont incapables de nous procurer.
Le cinéma nous permet de croire, durant quelques minutes ou quelques heures, que la vie mérite vraiment d’être vécue. Que nous sommes, chacun d’entre nous, minuscules fourmis dans la multitude infinie, passée, présente et à venir, de l’humanité des « Êtres uniques et donc, importants ».
Les films nous font croire que nous pouvons être les acteurs (par procuration), de moments uniques dans la longue histoire cosmologique de l’univers.
Cette œuvre touche à la quintessence de la condition humaine.
Ce genre de film nous fait ressentir, ce que la vie peut avoir à la fois, de miraculeusement beau et de tragiquement sinistre. De grand et de dérisoire.
Et, pour cela, ce film mérite d'être vu.