🎬 TARDES DE SOLEDAD - Albert Serra | ⭐️ 5/10
A travers le portrait du jeune Andrés Roca Rey, star incontournable de la corrida contemporaine, Albert Serra dépeint la détermination et la solitude qui distinguent la vie d'un torero.
Alors que Pacifiction, son dernier long métrage, m'avait fasciné, ce premier film documentaire réalisé par Albert Serra ne m'a pas beaucoup intéressé.
L'originalité vient de la façon dont est filmée la corrida, en laissant le public totalement hors champ et en cadrant de très près le toréro et l'animal, mais également de la répétition des unités de lieux, puisque nous ne quitterons jamais l'arène, la chambre d'hôtel et la voiture.
Le problème est que les séquences de tauromachie sont interminables et se terminent systématiquement par la lente agonie de l'animal. Outre le fait que ce cela puisse être pénible à regarder pour les plus sensibles, cela devient très vite ennuyeux et répétitif pour les non initiés.
C'est au final les moments en dehors de l'arène qui sont les plus éclairants. Le contraste entre les échanges ultra virilistes entre toreros dans lesquels il n'est que question "d'avoir des couilles" et les moments où le jeune Andrés se prépare seul dans sa chambre, prenant la pose devant le miroir pour admirer son corps galbé dans un collant moulant est particulièrement intéressant. Ces attitudes ainsi que son regard fixe et rempli d'autosatisfaction dans la voiture qui le ramène à l'hôtel après les combats révèlent un narcissisme saisissant. Tout comme le cérémonial autour de sa préparation laisse apparaître une forme d'homoérotisme troublant.
Aucune voix off, pas de prises de parole face caméra, le film manque peut-être également d'un point de vue plus net. Il est compliqué de percevoir à quel point le regard du réalisateur sur ce milieu est ironique ou premier degré. Mais l'enjeu n'était sans doute pas là et il ne s'agissait pas pour lui de se se prononcer pour ou contre cette pratique controversée, mais plutôt de dresser le portrait d'un jeune homme fascinant de narcissisme, dopé à l'adrénaline produite par ce danger de mort constant, tout en pointant du doigt la solitude qui l'entoure.
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