Comme beaucoup de réalisateurs, Arthur Penn n’a pas réalisé que des chefs d’œuvre. Sous prétexte cependant que son Target ne révolutionne pas le genre, celui-ci est cependant bien durement critiqué. On y retrouve pourtant en tête d’affiche le toujours parfait Gene Hackman, accompagné de Matt Dillon qui sort un peu de ses rôles de mauvais garçon. Embarqué dans un récit de vengeance, aux frontières entre le thriller et le film d’espionnage, le résultat est tout à fait satisfaisant. Bien entendu, le film n’invente rien et utilise les codes propres à son récit mais il le fait plutôt bien, faisant voyager ses protagonistes d’abord à Paris puis en Allemagne où la frontière berlinoise vient raviver les blessures d’une Guerre Froide qui vit ses dernières années. Les péripéties sont au rendez-vous avec ses traîtres (un peu visibles) et ses habituels traquenards.


Le tout, en dépit des deux heures de pellicule, reste très rythmé avec quelques chouettes courses poursuites en voitures (tournées en France sous la houlette de l’ami Rémy Julienne), quelques scènes intimistes pas idiotes loin de là (qui permettent notamment d’interroger un amour ancien) et une véritable enquête cohérente et prenante. Mais le plus intéressant là-dedans est évidemment la « rencontre » entre un père et son fils. Alors qu’il prenait son père pour un homme sans envergure, Matt Dillon découvre en lui un ex-agent de la CIA habile, adroit et capable, s’il le faut, de sacrifier sa vie pour celle des siens, et notamment celle de sa femme. Jugé trop caricatural avec un scénario cousu de fil blanc, le film ne connut pas un grand succès à sa sortie et n’eut pas davantage de succès en vidéo ou à la télévision. C’est vrai, c’est un petit Arthur Penn, mais le divertissement est au rendez-vous.


On pense parfois à Frantic avec son tournage parisien (une ville souvent utilisée de façon originale dans des films américains à l’ambiance trouble), on replonge aussi parfois dans le cinéma des années 1970. Le résultat manque cruellement d’originalité et son dénouement surprend peu, mais on se laisse, malgré tout, embarqué sans forcer par la qualité de son interprétation et sa réalisation maîtrisée. C’est très honnête et cela a plutôt bien vieilli même si la scène finale un peu guimauve n’est pas très heureuse.


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le 10 mars 2026

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PIAS

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