Continuez d'exister, ne pas se faire oublier. C'est ce que Dakota, la personnage principale du film Tendaberry, tente tant bien que mal d’essayer de faire dans cette ville qu’est Coney Island.
Mêlant ici ouvrages fictifs et archives documentaires, Tendaberry étonne par sa proposition, même si ce n’est pas aussi transcendant.
Interchangeant les archives rurales de la ville et les journaux vidéos de Nelson Sullivan qui a habité dans la ville et qui a filmé au-dessus de 1900 heures de vidéos dans la ville, ces archives servent à structurer son propre parcours et à construire un acte de présence et de résistance face à la fuite du temps.
C'est très bref, mais à un moment, nous pouvons voir Dakota reproduire cet effet de journal intime filmé en filmant justement la vie de son copain, en référence, justement, à Nelson Sullivan.
Elle doit parcourir une reconstruction de soi quand Yuri, son copain ukrainien, doit retourner à son pays parce que son père est malade, au même moment où les Russes envahissent son pays, alors l’idée qu’il revient à Brooklyn est très incertaine. Après son départ, Dakota apprends qu’elle est enceinte de lui Donc sa précarité financière et amoureuse, ainsi que son travail et le dilemme de garder le bébé ou non, amplifie son sentiment de déracinement et de solitude.
Tiraillée entre l’attachement à une relation interrompue, la pression d’une maternité non choisie et les exigences d’un quotidien instable, Dakota erre à travers Brooklyn comme dans un journal intime en mouvement. Chaque geste, chaque lieu devient le miroir d’une identité en chantier, entre mémoire, absence et désir de renaître autrement.
Mais comme j’ai expliqué, ce n’est pas transcendant. On a déjà vu ça dans plein de films. Filmant la ville avec son côté très crasseux, plutôt qu'exposer sa réputation de ville festive, avec son lot de fêtes foraines, nous permet de contextualiser dans quelle partie de la ville Dakota vit. Ça ressemble presque à du Sean Baker.
Mais le film ne dépeint pas de lassitude. Ça reste extrêmement touchant, sincère, honnête, autant dans son fond que dans sa forme. Pour un premier film, c'est une réussite visuelle et narrative. Haley Elizabeth Anderson mérite sa place dans ce panthéon gargantuesque du cinéma indépendant américain.
Découvert sur MUBI.