C'est avec un certain doute que j'ai abordé ce film ce soir. Le DVD pas cher bien que le film soit récent (2022), le cinéaste dont c'est le premier film et dont seul le patronyme me parle (très bien, même !). Il n'y a que le synopsis qui m'attirait : le rappeur qui se découvre une passion pour le chant lyrique.
À l'arrivée, je suis "enchanté" et ai passé un super moment. Et c'est bien, il me semble, l'objectif du cinéma, non ?
L'histoire d'un jeune, Antoine, issu de la banlieue qui poursuit (mollement) des cours de compta, qui pratique avec un certain talent le rap, s'affronte avec d'autres rappeurs, accompagne son grand frère à des combats illicites à poings nus et au final, pour gagner quelques sous espagnols, livre à domicile des sushis… ; Ouh la, les clichés du jeune de la banlieue qui ne connait la société que vue d'en bas, enfermé dans une logique de famille et de copains tous plus ou moins désœuvrés ! Oui, mais c’est plutôt bien vu, même avec ce langage elliptique et argotique pas toujours facile à comprendre. On y croit, sans problème.
Et puis la chance, le hasard, le destin à travers la rencontre entre notre jeune, Antoine, et une professeure de chant à l'Opéra qui discerne chez lui quelques dispositions pour l'art lyrique. Là, je ne parle plus de cliché mais de symbole. On sait bien que le talent n'est pas forcément fonction de l'épaisseur du compte en banque de Papa. Antoine n'est ni le premier ni le dernier à briser le plafond de verre pour se hisser dans une société qui l'ignore. Et moi, j'aime bien qu'on rappelle ces principes de base. J'aime bien qu'on mette en scène ce genre de métamorphose …
Oui, bien sûr, le scénario est cousu de gros fil blanc. On se doute bien que l'intuition de la prof va forcément se confirmer même si les relations prof/élève ne seront pas toujours simples. On se doute bien que Roberto Alagna, lui-même issu de la banlieue et à ses débuts, chanteur de cabaret, n'est là que pour "témoigner" de son parcours semblable. On comprend même que le rap peut présenter quelques avantages pour apprendre à discipliner, maîtriser sa respiration, principe de base du chant lyrique.
Côté distribution, le rôle d'Antoine est assuré avec succès par MB14 (Mohamed Belkir) dans sa première prestation au cinéma et le rôle de la professeure par Michèle Laroque, peut-être, dans un de ses meilleurs rôles.
Et, pour finir, la BO est bien intéressante en nous distillant, entre quelques morceaux de rap, pas désagréables du tout, quelques très beaux extraits d'opéras pour terminer en apothéose par le beau "nessun dorma" tiré de Turandot de Puccini …