Avec The Brutalist, Brady Corbet signe une fresque ambitieuse qui explore l’après-guerre à travers le prisme de l’architecture et de l’exil.
Dès les premières minutes, le film impose une mise en scène inspirée, avec des plans atypiques qui marquent les esprits, à l’image de cette statue de la liberté filmée sous un angle singulier. Malheureusement, cette audace visuelle s’estompe au fil des 3h37, laissant place à une approche plus conventionnelle. Pourtant, la durée ne se fait jamais pesante, grâce à une narration arythmique qui alterne les époques et distille progressivement les fragments du passé des personnages. Ce choix renforce l’ampleur du récit, qui dépasse la simple trajectoire de László Toth, porté par un Adrien Brody inspiré et exaltant, pour s’ouvrir à une réflexion sur l’intégration, l’ascension sociale et les tensions politiques de l’époque, la religion.
Brady Corbet, fidèle à son esthétique léchée, nous entraîne dans des lieux contrastés : une Philadelphie austère, une Italie presque onirique – hypnotisante dans sa singularité –, et la demeure des Van Buren, d’abord perçue comme un refuge avant de devenir une prison dorée. Ce cadre aurait pu être sublimé par un usage plus audacieux des créations architecturales de Toth, qui restent finalement sous-exploitées. De même, si la première partie captive par sa richesse thématique, la romance qui s’étire après l’entracte ralentit le rythme et aurait gagné à être condensée. Certains dialogues sur-signifient aussi le propos, comme cette insistance sur la croix lumineuse du bâtiment, répétée au point d’en devenir lourde.
Malgré ces quelques maladresses, The Brutalist reste un film total, à la croisée du drame historique et du conte moderne sur la reconstruction identitaire. Un voyage exigeant, parfois frustrant, mais dont les ambitions ne semblent finalement pas démesurées.