Dans The Brutalist, Brady Corbet reprend le personnage typique de l'artiste maudit : drogué, tourmenté, passant sa vie dans la misère mais célébré une fois mort. Corbet hisse ainsi indiscutablement l'architecture au rang d'art. Fin de cet éternel débat ? Peut-être pas mais en tout cas le point de vue du réalisateur est magnifiquement exposé. Puis Corbet s'attaque à la cause de ces tourments : la guerre, et plus particulièrement la seconde guerre mondiale, le nazisme et l'expérience des camps de la mort. Rien d'original, jusqu'à ce que le réalisateur nous mène dans une introspection assez osée de la vie sexuelle d'un couple traumatisé par la guerre : elle physiquement, lui psychologiquement. Après une première partie qui sert à planter le décor et les personnages, la seconde partie nous sert une parabole sur l'impact de l'être humain sur son environnement. La scène d'arrivée dans la carrière de marbre de Carrare est vertigineuse. On y voit une montagne entière, littéralement éventrée par l'exploitation des hommes, pour son marbre. Les uns le font pour sa beauté et sa pureté, les autres par goût du luxe penchant bling-bling, peu importe. Cette scène donne une nouvelle signification aux images précédentes de la verdoyante colline où va se construire le colossal projet de l'architecte brutaliste. La virginité de cette colline va se voir elle aussi souillée par les hommes, non pas par extraction de ses entrailles mais par une construction gigantesque oblitérant le paysage naturel. Une fois tout cela digéré, revenons en au thème principal du film qui reste bien le statut des immigrés dans une Amérique soit disant terre d'accueil. Le seul vrai ami de László après plusieurs années de ce côté-là de l'Atlantique est un afro-américain, autre minorité déconsidérée par l'Amérique WASP au pouvoir en Pennsylvanie. Ainsi l'Homme exploite la Terre et l'Homme exploite l'Homme.
J'ai lu des comparaisons avec le magistral There will be blood, à juste titre. Le début du film est dans la même veine avec une musique puissante, une photographie magnifique, une esthétique métallique, des acteurs impeccables. Oui, mais voilà, dans la seconde partie, outre le fait que le thème musical, pourtant puissant, disparaît, le scénario se perd dans quelques méandres tout en imposant des ellipses qu'on aurait souhaité voir comblées dans un film d'une longueur inédite de 3h30. On a l'impression que le réalisateur perd le fil de ce qui aurait pu être un chef d'œuvre pour ne livrer "que" un très bon film. Ceci est surtout frappant après la dernière scène de la partie Italienne, tournant du film, mais qui nous mène ensuite rapidement et linéairement au dénouement final.
Bref, malgré des défauts évidents je ne peux que recommander cette œuvre marquante (dont on ne voit pas passer les 3h30, aucune crainte à avoir ce ce côté-là).