Quelques scènes de belles fulgurances. Cependant le film aurait gagné en un léger raccourcissement, 30 minutes de moins? Était-ce nécessaire de presque commencer le film par une relation sexuelle tarifée ? En plus elle s’éternise. Il n’est pas question d’être prude mais le sujet, la relation amoureuse du couple méritaient mieux. D’autant qu’Erzsébet n’apparaît réellement qu’au bout de 2h, même si dans la première partie du film elle est omniprésente par le manque qu’a, d’elle, László. Une jolie scène à propos d’eux, lorsqu’ Attila apprend à Lászlò sur le quai d’une gare, que sa femme et sa nièce sont en vie, coincées quelque part en Europe. S’ensuit une étreinte poignante entre les deux hommes. Si László est un génie de l’architecture, il échoue aux USA et restera celui que l’on tolère et que l’on utilise et jette au gré des humeurs et de la rage du puissant Lee Van Buren interprété par Guy Pearce, lequel a eu la «bonté» de lui offrir un toit, dans un but lucratif et peu amical malgré les apparences. Ce dernier croit pouvoir tout acheter. Il lui manque le génie, le savoir-faire de László. Sur fond d’architecture et de béton, il est question de Shoah et de migrants. Lorsque l’épouse de László arrive enfin, les retrouvailles physiques et charnelles du couple ne sont pas immédiatement au rendez-vous . Il leur faut surmonter 5 ans de séparation et le handicap d’Erzsébet, dû aux privations de la guerre et de sa survie du camp de Dachau. Scène poignante entre eux, où le désir n’est pas au rendez-vous même s’il est omniprésent. Couple soudé envers et contre tout et tous, ils n’ont aucun secret l’un pour l’autre et Erzsébet se doute bien que son homme a forcément dû succomber eu égard aux privations sexuelles subies. Son «ami» puissant (Van Buren) ira même jusqu’à lui proposer sa femme pour, par la suite, faire croire que c’est László qui a jeté son dévolu sur elle. (scène du repas et danse dans l’intimité de la maison de Van Buren, lequel a d’emblée, un comportement pervers, encouragé par son ébriété ce soir là). Ensuite on assiste au projet démesuré de construction toujours selon les plans de László, dépassé par l’ampleur du projet et le coût faramineux des matériaux nécessaires : acier, béton. Scènes grandioses de grues, renversement de wagons de transport de matériel par le chemin de fer en un énorme nuage de fumée, lequel va entraîner le renvoi de László ni plus ni moins sans même être remboursé des dépenses de matériel. Comme il le dit si bien à son épouse: «Nous ne sommes que tolérés ici ». Plus tard, Van Buren viendra le rétribuer et s’excuser de son comportement afin de reprendre László et de l’utiliser à sa guise. Entre temps, l’on apprend que la nièce d’Erzsébet, mariée et enceinte souhaite partir s’installer avec sa petite famille à Jérusalem, là où ils se sentiront chez eux. Sa tante le déplore, insistant qu’elle sera loin d’eux et qu’aux USA, elle y a son travail, non loin de son époux. Puis arrive un projet encore plus gigantesque, celui d’utiliser ce matériau noble qu’est le marbre. Pearce/Van Buren entraîne László avec lui en Italie sur les carrières d’extraction du marbre, sans que leurs épouses respectives n’y soient conviées. On comprend pourquoi lors de la soirée de «débauche» organisée pour la circonstance. Un peu avant celle-ci, plan superbe sur cette magnifique carrière et zoom rapide sous un tunnel qui nous plonge directement au sein de la fête organisée. László est devenu héroïnomane et Pearce va profiter de son état pour le traiter plus bas que Terre et l’avilir un peu plus. Ensuite la dernière partie s’accélère via un joli plan de gondole se frayant un passage au travers des canaux de Venise, jusqu’à la place St Marc et la lagune. Nous voilà trop rapidement plongés 30 ans plus tard, dans les années 80. L’on assiste à un discours de la nièce rendant hommage à son oncle László et sur la quintessence de Dieu à travers son art. On repense au superbe plan du bloc de marbre sur lequel le reflet d’une croix catholique occupe une place importante. Erzsébet n’a-t-elle pas répété à László qu’à maintes reprises elle avait rencontré Dieu, lorsqu’elle était malade, hospitalisée ? Elle ne manque pas de faire allusion à sa survie de Dachau et celle de László de Buchenwald. On l’aperçoit hyper vieilli en fauteuil et sans son épouse, décédée depuis. Parce que l’important est la destination et non pas le voyage.. Film très « chargé » et inégal avec de belles fulgurances ! Petit aparté pour ceux/celles qui connaissent La "Chapelle de Ronchamp", de l’architecte Le Corbusier qui relève du brutalisme. Sinon László est interprété par l’excellent acteur du film «Le pianiste», Adrien Brody, oscarisé pour The Brutalist, meilleur acteur et Erzsébet est incarnée par Felicity Jones, actrice ayant tenu le rôle dans «Une femme d’exception». Film vu en vostfr. Brady Corbet n'a que 37 ans et a le temps de peufiner ses films ultérieurs. Après lecture d'un entretien avec le réalisateur, le film a été entièrement tourné à Budapest, dont est originaire la mère de l'acteur Adrien Brody. "La Hongrie regorge non seulement de lieux de tournage incroyables, mais il y a aussi deux laboratoires argentiques à Budapest qui nous donnaient la possibilité de développer nos images sur place », précise le réalisateur. The Brutalist a été tourné avec différents objectifs et caméras, au format VistaVision, notamment utilisé par Hitchcock pour bon nombre de ses films des années 50, dont "La Mort aux trousses" (1959), « C'est un format large, assez délicat à manipuler et qui demande des techniciens expérimentés ", explique Brady Corbet. "En Hongrie le 35 mm est encore activement utilisé, contrairement à un grand nombre d'autres pays, malheureusement. C'était un atout décisif pour nous."