Le film de Brady Corbet retrace l'histoire de Lazlo Toth (jsp comment on met les accents sur les a et les o désolé les hongrois), jeune architecte hongrois et juif qui émigre aux Etats-Unis après avoir survécu à l'Holocauste. Il se retrouve séparé de sa femme et de sa nièce, obligées de rester en Europe.
The Brutalist est ambitieux. Il raconte 13 ans de la vie d'un homme, et le fait en s'attaquant à de nombreux aspects de sa vie. Les 3 heures et 20 minutes de film ne peuvent évidemment pas suffire à tout raconter et certains le qualifieront de superficiel, et diront qu'en voulant faire trop, ce film n'en fait pas assez. Personnellement, je trouve que le film aborde les thèmes dont il parle de manière subtile et tout à fait précise. L'immigration juive, le rêve américain, l'architecture, la drogue, la famille ... Tous sont traités, à mon avis, très justement, sans lourdeur ou explications inutiles. Les personnages sont bien écrits, tous portant leur côté sombre et leur part de lumière. Même le personnage d'Harrison, pourtant très repoussant à bien des égards, fait preuve d'une certaine grâce lorsqu'il s'agit de discuter d'art et d'architecture avec Lazlo. Quant à Adrien Brody, il interprète un Lazlo torturé avec superbe, ce qui lui vaudra un Oscar mérité d'ailleurs.
Ainsi la première partie du film s'ouvre sur l'arrivée de Lazlo aux Etats-Unis, et ses nombreuses désillusions. L'arrivée chez son cousin, Attila, nous montre les difficultés d'intégration auxquelles la communauté juive fait face. Sa première expérience avec les Van Buren n'est pas une réussite, et Attila finit par virer Lazlo de chez lui. Ce dernier tombe dans la drogue et travaille en tant qu'ouvrier. Quelques années plus tard Harrison Van Buren vient lui rendre visite, et découvre un architecte de talent. Il finit par l'engager afin de s'occuper de son projet monumental. Grâce à sa position dominante, il accélère les procédures d'immigration de la femme et de la nièce de Lazlo. Ce premier acte pose efficacement les bases du récit en nous permet d'apercevoir une lueur d'espoir.
La seconde partie du film se veut nettement plus sombre et tout ce qui se passe à partir du voyage en Italie est terriblement marquant, pour nous et encore plus pour notre cher Lazlo. Harrison est plus détestable que jamais et Lazlo n'est plus que l'ombre de lui-même et semble être resté en Italie. Finalement Lazlo parle, et cela nous soulage presque autant que lui. La scène finale, et qui se termine par la disparition d'Harrison est autant perturbante que jouissive.
Le film s'achève en 1980 à la Biennale de Venise. Zsofia révèle que les plans de Lazlo reprenaient la structure des camps de concentration. Les traumas sont toujours là, et l'art de Lazlo n'est, tragiquement, que l'expression de ceux-ci.
The Brutalist offre au spectateur une expérience profondément inconfortable. Il ne traite pas simplement d'architecture ou d'antisémitisme, mais il interroge la nature humaine, l'identité. Qui sommes nous, et que reste-t-il de nous lorsque notre monde s'effondre ? L'épilogue confirme; nos traumatismes sont éternels, et participent inévitablement à notre construction en tant qu'individu : nous sommes nos traumatismes.