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On laisse béton le rêve américain

The Brutalist est un film long, très long. Avec entracte, histoire d’annoncer la couleur. Et pourtant, cette durée est necessaire et finit par faire sens. Le film ne se presse jamais, il laisse les choses s’installer, peser, s’user. On n’est pas là pour être diverti, mais pour rester avec les personnages, pour sentir le poids de la shoah.


Ces personnages sont d’ailleurs la première grande force du récit, portés par deux protagonistes principaux remarquables.

Adrien Brody est remarquable (comme toujours !!!) de retenue. Son architecte est brillant, mais toujours sur le fil, usé, désabusé, comme s’il savait dès le départ que le rêve qu’on lui vend ne sera jamais complètement pour lui. Tout passe par le regard, par la fatigue, par les silences. En face, Guy Pearce est parfait (là encore, sans surprise !!!) dans l’ambiguïté : poli, souriant, jamais frontalement hostile, mais constamment en position de force. Leur relation est profondément déséquilibrée, et c’est précisément la qualité de leur jeu qui permet de l’exprimer avec autant de subtilité, sans jamais appuyer.


Visuellement, le film est superbe. Une beauté sombre, presque crépusculaire, qui finit par hypnotiser même si l’architecture n’est pas du tout votre truc (ce qui n'est pas mon cas). Les bâtiments écrasent plus qu’ils ne subliment. Le béton devient un langage. Les plans mettent en valeur ces oeuvres brutes. Mention particulière aux mines de Carrare (que de beauté !!!!) qui marquent un vrai tournant. À partir de là, le film bascule.

Le viol arrive sans mise en scène appuyée, sans effet, mais ses conséquences sont immédiates. Quelque chose se brise.

C’est à ce moment que The Brutalist devient limpide dans ce qu’il raconte : le mythe de l’American Dream vu depuis ceux à qui on le promet sans jamais vraiment le donner (Toute référence à l'amérique d'aujourd'hui est évidemment fortuite ;-)). Même brillant, même utile, cet architecte juif restera à sa place. Et sa compagne journaliste, pourtant intelligente, brillante, cultivée, se retrouve cantonnée à écrire sur la mode et les cosmétiques. Le constat est froid, sans discours inutile, et donc d’autant plus dur.


Le film peut paraître austère, parfois pesant, et clairement exigeant. Mais il tient par sa cohérence et par ce qu’il dégage. Même sans aimer l’architecture, on reste accroché, parce que ce qu’il raconte dépasse largement ses murs.


Un film massif, pas toujours confortable, mais qui laisse une vraie trace comme un rêve américain coulé dans le béton et laissé à fissurer lentement.

dieujaune
8
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le 15 janv. 2026

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