Ce film a été conçu comme un hommage au giallo, genre cinématographique populaire (lié au cinéma d’exploitation) né dans l’Italie du début des années 1970 et caractérisé par des éléments comme l’horreur, l’érotisme et souvent une intrigue proche du thriller ou du film policier. Certains de ces éléments se retrouvent en effet dans "Butterfly Room", notamment cette construction narrative en puzzle, relativement complexe, qui distingue le giallo d’un simple film d’horreur. En effet, ce qui rend cette œuvre intéressante, c’est la manière progressive dont l’intrigue est amenée, préservant jusqu’à la fin certaines révélations essentielles à la bonne compréhension du récit. Sans cette approche, le film serait sans doute passablement ennuyeux.

Ann, une femme d’un certain âge – incarnée par Barbara Steele, bien connue de la filmographie giallo d’il y a trente ou quarante ans – collectionne les papillons qu’elle garde dans une pièce sombre, à l’abri de la lumière. Vivant seule et en froid avec sa fille qu’elle prétend morte, elle se lie successivement à plusieurs petites filles qu’elle amène chez elle pour les aider dans leurs devoirs et leur enseigner les méthodes de conservation des papillons. Elle se montre vite très possessive et prête à tout lorsqu’elle souhaite obtenir quelque chose. Résumer plus précisément l’intrigue ne serait pas souhaitable, d’une part parce que cela déflorerait complètement le suspense et d’autre part parce que l’enchaînement des indices menant à la conclusion est réellement complexe.

Le film, dont tous les personnages principaux – Ann, la fille d’Ann, deux petites filles (Alice et Julie) et leurs mères respectives – sont des rôles féminins, en profite pour brocarder l’irresponsabilité de certaines mères. Entre la psychopathologie meurtrière d’Ann, la frivolité égoïste et immature de la mère de Julie, cette femme divorcée qui abandonne régulièrement sa fille pour vivre des aventures sans lendemain, et la vie quelque peu dissolue de la mère d’Alice exerçant le métier de (je cite) « prostituée unijambiste », on se surprend à se demander laquelle de ces trois éducations pourrait être la plus dommageable pour un enfant.

Bien que ce film exploite de nombreux lieux communs du film d’horreur – les cris, les poupées inquiétantes, les poursuites paniquées, le sang menstruel, le mystère d’une chambre interdite – on trouve aussi quelques trouvailles plus originales : une manière différente d’utiliser l’élément (souvent présent dans l’épouvante) de l’ascenseur, un casting entièrement féminin, le fait de choisir une grand-mère comme personnage négatif, une certaine palette graphique dans quelques scènes (notamment les scènes montrant Barbara Steele au volant de sa voiture) qui rappelle les gialli de l’époque. Nous sommes loin d’une révolution dans le film d’horreur mais il n’est pas mauvais, parfois, de revenir à certains classiques de l’histoire du genre, sachant que c’est parfois dans les vieilles marmites qu’on cuisine les meilleures soupes.
David_L_Epée
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le 17 mai 2014

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