La vitrine du cinéma sud-coréen n'est pas que les thrillers poisseux, mais aussi les films fantastiques. Dans les deux cas, on y trouve une constante : la noirceur de l'humanité. The Call n'y déroge pas, et nous met rapidement face à l'impensable : une jeune femme (Seo-yeon) reçoit d'étranges appels téléphoniques d'une fille (Young-sook) qui semble subir des sévices de sa mère, persuadée de contacter une connaissance pour de l'aide. Après avoir enquêté sur ce coup de fil perturbant, Seo-yeon découvre une pièce cachée derrière les faux murs de la maison, et constate que Young-sook y vivait également, 20 ans plus tôt. Il y a un air de The Black Phone dans ce concept, et la réaction des deux protagonistes face au surnaturel est un peu faible. Toutefois, le réalisateur garde un rythme tendu, jonglant entre l'émerveillement fantastique, lorsqu'elles se connectent physiquement dans le passé et tentent, l'une et l'autre, d'intervenir sur les évènements dramatiques de leurs vies, et le thriller psychologique presque horrifique quand Seo-yeon constate que ce sursis n'est qu'illusoire face à un passé tenace, plus torturé qu'il en a l'air. L'actrice Jeon Jong-seo est d'ailleurs bluffante dans son interprétation totalement dérangée. Les représentations visuelles des changements temporels sont également inventives et dégagent une poésie subjuguante. Pour un premier long, Lee Chung-hyun propose un excellent thriller exploitant habilement ce concept du temps (malgré quelques paradoxes, évidemment), et ce développement sombre des psychés, typique du cinéma sud-coréen.