Dans The Catcher, il ne sera pas de question de messieurs remplis de stéroïdes, à la peau huilée dans leurs costumes serrés et bariolés et glissant sur de fausses peaux de bananes pour faire des bisous à leurs adversaires.
(Dommage ?)
A la place de catcheries on passe au baseball mais pas d’inquiétudes, on n’est pas dans un mélo sportif où les larmes et la sueur coulent à flot mais bien dans un slasher. Le « catcher » est en fait le receveur des balles lors des parties, pour une curieuse et mal fagotée série B où des membres d’une équipe malchanceuse ainsi que quelques représentants du personnel technique vont être mis à mort dans une nuit mortelle après un match pitoyable. Tout semble accuser David J. Walker, joueur un peu tête à claques, grande gueule mais pas méchant, en tout cas désespérément mauvais depuis plusieurs compétitions. Sa copine le quitte ce soir, ses coéquipiers n’en peuvent plus de lui, son rival de l’équipe adverse a obtenu une promotion, et les propriétaires ont décidé de le virer, et tout ça en quelques heures, dur dur.
Le film de Guy Crawfort et Hyvette Hoffmann (à la production, au scénario et à la réalisation, c’est leur bébé) n’est pas de la plus grande des finesses, se révélant même parfois d’une simplicité crasse. Et pourtant, même s’il peut se montrer grossier dans ses idées, The Catcher joue pourtant avec certaines des attentes, notamment sur l’identité de cette menace habillée comme un joueur de l’équipe.
Il offre aussi une atmosphère parfois fiévreux dans cette nuit toxique, aux éclats parfois exagérés, parfois réussis. L’introduction entre l’enfant poussé à bout à attraper une balle et son père tyrannique et à peine cinglé est assez saisissante ; elle se finira dans le sang. Le contexte du baseball sera le prétexte de différentes mises à mort, dont certaines clairement nanardes. Le film sent sous les bras, c’est un univers viril, où on ne mâche pas ses mots, où le corps musclé est mis en valeur avec des scènes sous la douche et un peu de coquineries. Une des exécutions qui va dans cette direction n’hésite d’ailleurs pas à baigner dans une crasse exagération, avec un viol meurtrier, que peu de films auraient osé mettre en scène.
La scène finale, sur le terrain de jeu, avec son décor désespéré et la folie du tueur qui contamine le réel, sera la plus saisissante de slasher bien étrange. Elle est l’apogée d’un sous-texte qui n’est pas tant la folie meurtrière que peut entraîner l’adoration d’un sport, mais bien la perversité ancrée dans les tréfonds d’une figure parentale corruptrice, (Spoiler:) qui a depuis longtemps entraîné dans sa chute l’innocent garçon de l’introduction. Le film est court (1h16, génériques compris), et le générique de fin arrive bien brutalement, alors que le spectateur n’a pas encore eu le temps de digérer cette scène.
C’est donc pour le meilleur que peut proposer The Catcher qu’il faut saluer, car il offre au film une certaine personnalité. Son contexte sportif est d’ailleurs bien trop peu utilisé dans le genre du film d’horreur ou du slasher, étant le plus souvent dévolu à l’exaltation des valeurs positives et fédératrices du sport. The Catcher en montre une face plus noire, entre l’attente des résultats qui décident de tout sans discernement ou une fraternité bien fragile quand la performance n’est plus là.
Mais The Catcher reste un film de série B assurément maladroit, qu’un regard critique avec une grille de lecture sur la forme dézinguerait aussitôt. La production est réalisée sans éclats, répétant les plans habituels appris à l’école ou en copiant les autres, dans un style tellement daté qu’il semble extrait d’un rayonnage de vidéo-club des années 1980 alors que le film date de 1998. Les comédiens sont assez maladroits, peinant à exploiter les subtilités de leurs rôles, à l’image de David Heavener dans le rôle de Walker, au physique brut là encore très actioner des 80’s. Mais ce sont peut-être aussi ces petites ratages qui poussent à l’indulgence, couplés aux quelques moments de grâce du film et à l’originalité de son cadre, d’autant que le film est court, ayant la courtoisie de ne pas se gonfler (et nous avec) artificiellement pour atteindre les traditionnelles 90 minutes. Une série B, oui, mais bien plus surprenante que prévue, avec sa propre personnalité, qui n’a pas besoin de plagier ses voisins, même si sa copie est remplie de petites fautes.