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Mauvaise com'
Les films se centrant sur l'émergence des nouvelles technologies dans notre quotidien, l'évolution des réseaux sociaux et la mort imminente de toute forme de vie privée sont monnaie courante, et ce...
le 8 juil. 2017
Ndlr : les rushes sont l'ensemble des documents originaux (bobines de film, bandes sons, cassettes vidéo) produits lors d'un tournage. Une partie de ces documents est utilisée au montage et en post-production pour construire le film final. (source : Wikipédia).
The Circle dure 1h50. Et je dois vous avouer que la première heure et demie a été plutôt agréable : les personnages, même s'ils auraient mérités d'être plus développés (on y reviendra), nous encouragent à suivre leurs aventures au sein de l'entreprise, la dystopie qui nous est présentée est suffisamment retravaillée (oui, parce que des sociétés totalitaires du tout-contrôle, on connaît depuis 1984 mais cela ne nous gêne pas tellement si elle nous est racontée autrement) et qui plus est, elle s'inscrit dans une actualité brûlante qui se manifeste dernièrement par le mail que nous avons tous reçu en masse ces derniers temps : Nous avons mis à jour de notre Politique de confidentialité. On comprend rapidement que The Circle, c'est Google, Facebook, Instagram, Uber, Whatsapp, j'en passe.
Et j'en profite pour soulever un détail qui m'a particulièrement plu dans ce film : le ton n'est jamais moralisateur (regardez tous ces jeunes qui ont une vie ultra-connectée mais qui ne savent pas profiter des plaisirs simples de la vie) mais insiste bien sur les avantages et les dérives d'un univers où les gens seraient constamment connectés les uns aux autres. Le personnage de Mercer, le meilleur ami de la protagoniste, est là pour nous montrer une autre facette de la relation à la nature et à la solitude, tandis que les parents de Mae Holland nous présentent une autre façon de vivre les rapports sociaux et l'intimité dans un couple. Au contraire, leur fille insiste sur les bienfaits de la transparence contre la criminalité par exemple, et le grand ponte de la boîte d'ajouter que les innovations technologiques permettent de donner de l'ampleur à des mouvements sociaux et contestataires par leur diffusion sur les réseaux sociaux. Les arguments sont solides, et ce des deux côtés, si bien que le film ne tranche jamais entre l'un et l'autre et que c'est au spectateur de placer son propre curseur entre la transparence et la connectivité absolue d'une côté, et le respect de la vie privée et les relations sociales spontanées de l'autre.
Si on récapitule, le film peut se vanter d'avoir un scénario attrayant, une position morale intéressante et un casting prometteur (Tom Hanks, Emma Watson, Karen Gillian, John Boyega...)
Alors pourquoi une note aussi basse ?
Le film est rushé, à commencer par le développement de ses personnages. Mae Holland, la protagoniste du film, est rapidement présentée comme une femme enjouée, passionnée de kayak et inquiète quant à la maladie de son père. On sait également qu'elle a insisté auprès de sa meilleure amie pour qu'elle lui obtienne un entretien au Cercle, qu'elle considère comme l'entreprise rêvée, mais à part ceci, le film dit très peu de choses sur son rapport aux réseaux sociaux, à la vie privée, aux rythmes de travail... Cela devient un vrai problème lors des temps forts du film : ses décisions apparaissent comme des revirements soudains et inexpliquées, et on a la désagréable sensation qu'il manque quelque chose au personnage.
Les autres personnages sont surtout présents pour remplir des fonctions : sa meilleure amie est une businesswoman sous crack, les employées de l'entreprise n'ont aucune personnalité à part celle d'être extatique devant les déclaration du grand patron, et ce dernier aurait franchement mérité qu'on se penche un peu plus sur ses motivations profondes (si vous faites venir Tom Hanks dans un film, donnez-lui à jouer de la substance bon sang de bonsoir !).
Et soudain...les vingt dernières minutes. (Si vous me lisez, et que vous n'avez pas encore vu le film, ça va être compliqué pour vous de comprendre mon avis sans vous faire spoiler.)
Les vingt dernières minutes du film mettent en évidence son plus gros défaut : celui d'avoir tiré des ficelles qui ne seront jamais accrochées à quoique ce soit, d'avoir entrouvert des portes qu'on ne prendra jamais, d'avoir présenté des personnages dont on se fiche comme de sa deuxième chaussette (personnellement, j'ai encore ma première chaussette).
Alors si vous ne souhaitez pas lire les spoilers juste après, je vous encourage à quitter cette critique, à regarder la première heure et demie du film, et à imaginer ce que pourrait être la suite. Je vous assure que c'est nettement plus intéressant.
Je n'ai aucun problème avec le fait que Mae trahisse le personnage super-mystérieux (super-précipité et super-inutile) de Ty pour finalement remodeler l'entreprise à son image, au contraire, le film assume pleinement la dystopie qu'il nous présente. Mais ce sentiment de défaite que l'on ressent à la fin du film, parce que nous avons suivi et soutenu un personnage encore plus démesuré et totalitaire que les premiers concepteurs du Cercle, tombe à plat devant développement raté du personnage principal. On passe d'une jeune femme amoureuse du kayak et proche de ses parents, qui cause la mort de son meilleur ami et diffuse accidentellement les ébats de ses parents devant des milliers de followers, à une cheffe d'entreprise (on suppose qu'elle a évincé ses prédécesseurs parce que ceux-ci avaient trop de secrets) obsédée par la transparence mondiale et totalement indifférente à la vie privée, puisqu'elle accepte même de se faire filmer en kayak alors qu'il s'agissait au début du film d'un plaisir solitaire.
Son évolution tout au long du film est, selon moi, mal calibrée. Lorsque deux employés du Cercle viennent la voir pour actualiser son profil, et glissent par la même occasion quelques remarques culpabilisantes sur le fait qu'elle ne participe pas aux évènements de l'entreprise ou qu'elle ne partage pas les détails sa vie, elle semble particulièrement dubitative voire réfractaire. Quarante minutes plus tard, elle manque de mourir et c'est la révélation : il faut obliger les citoyens du monde entier à avoir un profil sur le Cercle...sinon ils n'auront plus de droit de voter et ne pourront plus payer leurs impôts. Je ne caricature même pas.
The Circle est un film qui avait toutes les billes en main pour être une bonne dystopie, mais qui est tombé dans un écueil terrible : celui qui consiste à croire qu'on a qu'à mettre Tom Hanks dans le rôle d'un gourou de la technologie, Emma Watson dans celui d'une jeune femme intelligente, de secouer un peu et d'en ressortir un film grandiose.
Créée
le 16 juin 2018
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