Doté de réelles qualités visuelles et d’une mise en scène soignée, ce polar "mainland" est malheureusement trop tenu par un schéma narratif très/trop convenu auquel le réalisateur se raccroche en permanence tout en tentant de s’en départir en instaurant un climat de tension extrême un peu trop appuyé, qui finit par le desservir au fil de son évolution.
Derrière la caméra, l’illustre inconnu, tout du moins pour moi, Cao Bao-Ping, possède de véritables qualités de faiseur, et il parvient parfaitement à les mettre en œuvre dans quelques scènes nerveuses et particulièrement bien faites, dont deux poursuites magnifiquement filmées : l'une dans laquelle les protagonistes traquent leurs proies avec de l’eau jusqu’à la taille, et une autre absolument vertigineuse se déroulant au sommet d’un building dans laquelle ils flirtent dangereusement avec le vide. Cette dernière scène fait partie des plus grands moments de bravoure en termes de tension pure que j’ai pu voir sur un écran depuis belle lurette… ni plus, ni moins.
La distribution est plutôt de bonne facture, si l’on fait abstraction de l’unique personnage féminin important du film qui a tendance à en faire un peu trop – nulle misogynie de ma part, ça demeure un ressenti personnel – et tout ce beau monde est remarquablement dirigé par un réalisateur plutôt doué dans ce domaine.
Tout était rassemblé pour faire de ce polar une sorte de renouveau du genre, mixant parfaitement la maîtrise visuelle et la densité psychologique initiée par une interrogation sur les notions de bien et de mal et sur le poids de la culpabilité, mais la faiblesse du script vient entacher sa bonne progression et semble mettre son réalisateur dans un tel embarras, qu’il finit par totalement perdre le fil de son intrigue, jusque là plutôt bien tenu, dans un dernier tiers désespérant. C’est dommage. On passe franchement tout près d’une véritable perle du genre, qui aurait même pu en signer son renouveau, faute à certains partis pris très aléatoires et un switch final complètement bâclé.