Le film s’ouvre sur l’exécution hors-champs d’une femme ayant tué son nouveau-né.
Son corps est exposé, ses doigts coupés et distribués comme talismans de bonne fortune.
L’un d’eux revient à Agnes, femme pieuse fraîchement mariée à Wolf, pêcheur vivant dans une maison isolée en forêt.
Agnes découvre rapidement un mariage sans intimité, sans désir, et sans possibilité d’enfanter. Humiliée par sa belle-mère, réduite à son rôle domestique et reproductif, elle est constamment ramenée à son échec supposé de femme.
Agnes est confrontée à la brutalité du monde marital et, plus largement, à la condition féminine dans une société qui ne la considère que par sa capacité à servir et à enfanter.
La nature, qu’elle tente d’aimer, lui est présentée comme dangereuse et interdite.
Les morts exposés, les suicides condamnés par l’Église, fonctionnent comme des avertissements permanents.
Son mal-être est interprété comme une faute morale ou diabolique. Elle subit des “soins” violents, une religion qui l’écrase et une médecine qui mutile. Après plusieurs tentatives de fuite et d’empoisonnement, Agnes comprend qu’elle n’a aucune échappatoire possible.
Elle assassine alors un enfant devant un autel, persuadée de lui offrir le salut, puis se dénonce. Comme la femme du début, elle est exécutée par décapitation. La foule célèbre sa mort. Un carton final rappelle que des centaines de cas similaires ont existé en Europe médiévale.
Lors de sa dernière confession, elle jubile. Elle atteint une forme d’extase, une dernière absolution, un ultime regard de Dieu posé sur elle, à la fois sauveur et bourreau. Au moment de son exécution, dans un instant suspendu, Agnes se met à chanter. Une petite fille dans l’assistance reprend le chant. Elles partagent, symboliquement, le même fardeau : celui d’être femme selon les critères de cette société. Le temps s’étire, le coup d’épée se fait attendre, renforçant la violence de l’instant final. La foule célèbre ensuite, festoie devant la tête d’Agnes plantée sur une pique. Comme débarrassée d’un mal. Comme si l’exclusion et la mise à mort permettaient, un instant, d’oublier leur propre condition. Une communion macabre, où l’on sacrifie une humanité pour préserver l’ordre.
The Devil’s Bath n’est pas un film sur l’infanticide. C’est un film sur l’impossibilité d’exister dans un système qui n’offre aux femmes qu’un seul rôle : enfanter, servir ou disparaître.
Le geste d’Agnes n’est pas présenté comme une monstruosité isolée, mais comme l’issue d’un monde qui refuse toute alternative à la souffrance.
Le film déploie une violence sourdeet continue. Personne ne frappe Agnes, mais tout la détruit : les regards, les silences, la religion, les traditions, le mariage, la médecine. Elle n’est jamais reconnue comme victime, uniquement comme problème à corriger ou à éliminer.
La religion est centrale, comme foi intime, mais aussi comme outil de normalisation.
Dieu devient à la fois refuge mental et instrument de domination.
Agnes s’y accroche pour survivre, tout en étant broyée par ce même système de croyances.
Le film montre avec une froide précision comment la spiritualité peut devenir un piège mortel quand elle remplace le soin, l’écoute et l’amour.
Visuellement, le film joue en permanence sur la contradiction :
Des paysages ouverts, presque apaisants.
Des corps enfermés en clair-osbcur, surveillés et contraints.
La nature n’est pas hostile en soi, ce sont les humains qui la transforment en menace. L’enfermement est social, moral, symbolique.
Anja Plaschg porte le film. Elle commence presque transparente, en harmonie fragile avec le monde, et finit détruite, animalisée, spectrale.
Son dernier dialogue est glaçant : il condense des siècles de condition féminine, où la souffrance devient la seule manière d’être vue, reconnue et absoute.
L’horreur du film ne repose pas uniquement sur ses scènes les plus dures pourtant parfois insoutenables mais sur sa logique implacable.
Tout est cohérent. Tout est justifié. Et c’est précisément ce qui rend The Devil’s Bath si violent : il ne montre pas qu'un mal exceptionnel, mais surtout un mal systémique, célébré collectivement.
Un film radical, inconfortable, qui ne cherche jamais à soulager le spectateur. Et le spectateur doit être confronté à cette réalité historique pour que le message passe.