Un tueur dont on a enlevé la petite amie est torturé pour tester son endurance physique et mentale, et doit ensuite effectuer un contrat. Il devra affronter une puissante organisation.


Dans ce troisième opus consacré au personnage de Shohei Narumi, Yûsaku Matsuda interprète un personnage plus sombre que dans les films précédents, The most dangerous game et The killing game (1978). Plus proche du spectateur, mais toujours insaisissable, le personnage de Narumi, qui perd un peu son côté « Starsky » japonais, prend de l’épaisseur, tout en entrant dans un univers de plus en plus abstrait, plus noir aussi que dans les films précédents, tandis que le cadre acquiert plus de profondeur. Si on se situe toujours dans le sillage des films policiers des années 70 avec Sonny Chiba, les influences croisées des films de Seijun Suzuki et de ceux de Melville, surtout du Samourai, font de ce troisième épisode de la saga, le plus profond et le plus réussi, le plus créatif aussi, avec ces extérieurs plongés dans un bleu métallique qui semblent annoncer des années 80 désormais très proches. Si les filatures et les gros plans avec les jumelles, ainsi que le caractère complotiste du récit, font penser au cinéma américain des années 70, certains plans, comme la préparation minutieuse du fusil et des balles avant l’assassinat, ont une précision digne du Solitaire de Michael Mann réalisé deux ans plus tard. La bande son jazzy de Juji Ono et les nombreux effets visuels, très maîtrisés et en accord avec le sujet, viennent relever l’ensemble.


Un certain côté « foutraque », qui rappelle les épisodes précédents, reprend le dessus à la fin, avec ces sauts de cascadeurs à chaque fois qu’un tueur est abattu par Narumi (aussi

invincible que Schwarzenegger dans Commando), ou encore les bruitages qui accompagnent chaque coup de poing. Mais ce côté série B nous rappelle surtout qu’on est dans un cinéma divertissement, qu’on retrouve ici avec plaisir – d’autant plus que les scènes d’action sont

ponctuées de pointes d’humour, comme dans ce plan où un des tueurs aux trousses de Narumi apparait de face dans un miroir et, voyant Narumi derrière lui dans le miroir, tire… dans le miroir, et finit étranglé - comme si c’était l’image même de ce personnage insaisissable qu’il avait voulu supprimer.

Enfin, clin d’œil sans doute au néo-noir français et à Melville (celui du Montmartre de Bob le Flambeur), le film se finit dans un magasin de montres qui s’appelle Le Lapin Agile. Ce retour final dans le magasin de montres, avec les bruits d’horloges et la jeune fille mystérieuse

et évanescente qui l’« habite », nous rappellent la dimension onirique et intemporelle d’un récit qui était construit dans la première partie du film sur plusieurs flash-backs très réussis, qui

composaient un hors champ, ou plutôt des hors champ se substituant provisoirement au champ

filmique, comme autant de parties d’un ensemble dont ferait partie le temps fragmenté du récit, et dont l’unité serait à rechercher dans les apparitions et disparitions successives de Narumi -

comme si celui-ci ce confondait avec le récit lui-même, s’y perdait, le construisait et le reconstruisait en frappant, tuant, détruisant, mais aussi en aimant et en perdant sans cesse des

figures féminines ambiguës, femmes de yakusas ou tueuses, à la fois traîtres et victimes d’un

Japon déconstruit en voie de décomposition.

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le 26 févr. 2025

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