Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Très critiqué, accusant un box-office abyssal et désastreux, The Flash n'est ni la catastrophe que l'on dit ni le meilleur film de super-héros prophétisé par certains.

C'est un film à double facette, à la fois génial et nullissime.


D'abord, parce que c'est une excellente fan fiction qui s'amuse à faire s'entrechoquer les univers,

les variantes, les variables, comme un animé de Cartoon Sandwich mais qui ne s'assumerait pas comme tel. Mais qui dit excellente fan fiction dit fiction brouillonne, fouillis, mélangeant tout et rien. D'où une non-histoire où le héros empêche et désempêche ce qui lui sert de quête pour participer en touriste à la quête d'un personnage qu'il vient sauver avec un autre héros concerné

par la même quête mais qui pensait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. En somme, un joyeux bordel. Mais joyeux.

Le côté fan fiction fait, par exemple, mieux passer la Supergirl made in 2010-20 mais ne produit aucun schéma narratif digne de ce nom.

C'est de la pure fan fiction.


Ensuite, parce que c'est un bel hommage cinéphile aux différentes variantes de Batman, Superman et Flash ... à ceci près que, Batman étant privilégié, ce devrait être un Batman et non un Flash. Les apparitions de plusieurs Batman, Superman, Supergirl et Flash de différentes époques ou même simplement ébauchés que le film met à jour est bonne et jouissive mais le concept n'est pas assumé et laisse sur sa faim (et sa fin): toutes les version invoquées auraient dû avoir droit à plus de présence à l'écran et les différentes variantes de l'antagoniste qui finit hasardeusement par se présenter auraient pu apparaître: on regrettera l'absence d'un Terence Stamp même de synthèse. Ou, plus simplement, puisque le film fait dans le clin d'oeil aux différentes incarnations et traite de voyage temporel, il eût pu s'inspirer de la série Docteur Who qui a fait se rencontrer les 2e et 3e régénération du protagoniste pour les mettre en concurrence, ce qui aurait pu se faire avec le sérieux Mickael Keaton que chercherait comiquement à dépasser celui d'Adam West (en synthèse). Ou, plus logiquement, puisque Keaton est le Batman de cet univers, il aurait pu faire équipe avec la version trop caméo du Superman de Burton incarné par Nicolas Cage, ce qui rend d'autant plus grotesque la présence de Kara dans cet univers.

En somme un bel hommage mais très court, trop axé sur un Keaton. Mais un Keaton que retrouve non sans plaisir... si ce n'est son entrée à la Robin de Chris O'Donnell.

Et, quitte à rappeler West de dos, Clooney à barbe, Affleck en sortie de piste et Keaton, pourquoi pas un Val Kilmer statique et des Pattison et Bale plus énergiques ?

Et pourquoi pas Lynda Carter pourtant présente dans Wonder Woman 2 ? Pour ne pas faire apparaître davantage l'Amazone qui, avouons-le, aura fourni le meilleur du Snyderverse jusque dans ce métrage-ci ?

Enfin, parce que le film se veut sérieux mais ne le peut qu'à un tiers et persiste à vouloir l'être complètement. D'où quelques belles scènes émouvantes ... autour d'éléments prosaïques, une référence (certes encore très fan fiction) au Retour du Jedi (très méta aussi): "Je veux vous sauver / Mais, tu l'as déjà fait" et deux morales très sérieuses mais qui occasionnent le titre de cette critique: faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Morale n°1: STOP aux films sur le multivers (ou les reboots à n'en plus finir) qui détruisent les légendes ... au moyen d'un film qui ne fait décidément que ça. Soit du génie, soit de l'opportunisme.

Morale n°2: Il faut accepter de renoncer en se disant que ce que nous n'avons pas peut exister dans nos rêves (ou dans un réalité alternative, ce qui revient à peu près au même). Outre qu'elle soit pompée sur Docteur Strange 2, cette morale est à la fois nauséabonde et édifiante. Nauséabonde, parce qu'elle participe de ce monde qui a perdu tout son épique, qui veut détruire l'amour par peur du surpeuplement et qui accepte la chute d'une civilisation qu'enfin alerté il pourrait enfin empêcher. Mais édifiante aussi car elle en fait l'état des lieux et, une fois n'est pas coutume, ne s'assume pas complètement, encourageant presque par les bénéfices et modifications que connaît le héros à la fin à, au contraire lutter contre le renoncement pour lequel il semblait plaider. Là encore: génie ou intime contradiction ?


The Flash est donc à la fois un très mauvais objet cinématographique et une excellente fan fiction qui n'est pas à saluer pour ce qu'il est mais pour ce dont il se fait la démonstration. Là réside la véritable morale du film, inopinée de lui-même.

Frenhofer
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le 27 juil. 2023

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Frenhofer

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