Le cinéma peut-il être vu comme une thérapie ? Une partie de ce documentaire suggère la question, en tout cas. D'autant que tout le récit et le dispositif repose sur une thérapie, de laquelle éclot les troubles, peines, traumatismes, souvenirs, inquiétudes, solitudes et colères, qui caractérisent les expériences et le quotidien des personnes rencontrées. Dans un quartier catholique de Belfast où se sont déroulés l'épisode violent des Troubles, la cinéaste échange avec des habitant(e)s qui évoquent leurs souvenirs d'enfance. Il y a ainsi un dialogue entre passé et présent, entre collectif et individuel, entre chronique documentaire et reconstitution via la fiction. Le but étant de trouver ce qui reste de ces souvenirs, et de cette époque. Les traumatismes du passé et les souffrances du quotidien cohabitent au sein du montage, projection d'un trouble intérieur qui continue de planer au-dessus des Irlandais(es) du Nord. Pourtant, le film se construit comme une fable communautaire, et n'a de cesse d'y revenir. Tel le bar où chante Jolene, où les espaces naturels où se promène Joe, où les interactions anodines entre voisin(e)s. On y trouve notamment la belle phrase « notre victoire sera le sourire de nos enfants ». La question de l'héritage est primordiale, et la cinéaste le concrétise aussi esthétiquement en opposant les couleurs et lumière froides du présent avec un semi filtre bleu pour les archives. Toutefois, le choix des plans est frustrant car ne permet pas de voir ces fameux appartements dans leurs détails (dans ce qu'ils disent de cette identité), et ne permet pas de voir le paysage de Belfast. Mais il convient aussi à un sentiment de suffocation et claustrophobie, car ces personnes s'identifiant à une communauté (par le biais de leur catholicisme) n'arrivent pas à s'identifier pleinement à une identité irlandaise.
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