Avec Good Boy, Jan Komasa propose un film qui s’apparente moins à un simple récit qu’à un conte moderne, sombre et dérangeant. Dès les premières séquences, un seuil est posé : celui d’un passage entre deux mondes. Comme dans les contes traditionnels, il faut franchir un espace — portail, chemin, isolement — pour quitter le réel et pénétrer dans un univers autre. Ici, ce monde clos fonctionne comme une chrysalide : un lieu de transformation où l’enfant souffre, mue, et finit par émerger, prêt — ou du moins supposé prêt — à affronter la réalité.
Le film gagne ainsi à être abordé comme un récit d’apprentissage destiné à de « grands enfants », miroir d’une jeunesse contemporaine souvent perdue entre surexposition numérique, hubris, amoralité et vacuité intellectuelle. Dans cette perspective, les excès du film, ses entorses à la vraisemblance ou ses outrances visuelles ne constituent pas des défauts, mais les codes assumés d’un conte moral.
Car l’enjeu central est bien là : peut-on encore éduquer, redresser, transformer une jeunesse sans repères ? Et de quelle forme s'y prendre ? Pour répondre à cette question, Komasa imagine un huis clos familial carcéral presque expérimental, dont les méthodes peuvent être interrogées, mais dont le but justifie les moyens - car si elles flirtent constamment avec la manipulation et la violence morale, elles ne peuvent que remettre en cause notre éducation contemporaine, trop permissive et laxiste, il faut l'avouer. Le personnage du père, d’abord énigmatique et inquiétant par son calme, agit en véritable metteur en scène de cette entreprise de « rééducation », déroulant un plan aussi fascinant qu'ambigu.
Le prologue, volontairement grotesque et saturé — succession d’images presque nauséeuses évoquant le défilement infini des réseaux sociaux — pose un diagnostic brutal mais un peu appuyé. Il sert surtout de justification aux épreuves qui suivront. Par la suite, le film gagne en tension et en clarté, à mesure que les intentions du père se dévoilent. Peut-être trop, d’ailleurs : à force de vouloir expliciter son propos moral, le récit finit parfois par sembler prévisible, presque « cousu de fil blanc ».
Reste une œuvre troublante, qui interroge sans détour les limites de l’éducation et de la contrainte, et qui, sous ses allures de fable contemporaine, laisse planer un doute persistant : la transformation obtenue est-elle réellement une élévation, ou simplement une autre forme d’aliénation ?