Après l'hommage à l'expressionnisme dans Kafka, l'hommage à Tarkovski dans Solaris et l'hommage aux films de braquage avec la série Ocean's, Soderbergh, cinéaste éclectique, rend un autre hommage aux films noirs américains des 50s.
C'est donc un bonheur pour les cinéphiles et amateurs du genre que de voir un nouveau film possédant cette plastique charbonneuse, cette lumière qui vient comme creuser les visages des acteurs, ces intrigues emmêlées, ces personnages clichés. Soderbergh, incrustant son film d'images d'archives, confère à l'oeuvre une touche de néo-réalisme qui n'est pas sans rappeler à de multiples fois Roberto Rossellini (Rome, ville ouverte et Allemagne année zéro). Ainsi l'exercice de style de Soderbergh est parfaitement réussi, ceci également grâce à une technique maîtrisée et à une organisation de tournage calquée sur celle des 50s. La forme charme véritablement à chacun des plans mais là où The Good German faillit majoritairement c'est dans l'accessibilité de son fond. En effet, à plusieurs instants on perd le file de l'intrigue tordue, intrigue basée sur la conférence de Postdam. Que cherche véritablement Jacob ? Pourquoi veut-on avec tant d'ardeur Mr. Brandt ? Les intrigues politiques, pourtant essentielles pour que le film puisse avoir une raison d'être dans le cinéma contemporain, sont floues et noyées sous un amas d'informations, toutes n'étant pas nécessaire d'ailleurs.
Enfin, Soderbergh, trop intelligent pour ne faire qu'un film à l'ancienne, ancre son oeuvre dans la modernité en mettant des dialogues grossier et créé des flash-backs violents, volontairement anachroniques pour le cinéma de cette décennie. The Good German, belle démonstration d'une connaissance technique, ne vaut que par sa forme et son apparence nostalgique mais trébuche grossièrement de par le cafouillis de son propos, propos dépassé puisqu'il ne répond qu'à l'Histoire d'antan, sans écho sur le présent.