Le missile intercontinental n'a pas d'odeur.

Impressions mitigées après ce film plutôt mineur mais qui peut susciter quelque indulgence, tant par le fond que la forme et donner lieu à quelques considérations d'ordre politique.

Il ressemble à un exercice de style reprenant toutes les formes du film noir, Steven Soderbergh utilisant toutes les techniques cinématographiques du genre, et allant jusqu'à reprendre des scènes entières de grands classiques comme le Casablanca de Curtiz.

Le noir et blanc est magnifique. Il met superbement en valeur des décors de studio très travaillés et permet l'habile utilisation, en arrière plan, d'images d'archive du Berlin de 1945. Le tour de force est réussi : on est dans le monde familier du film en studio et ses grosses ficelles, tout en l'oubliant et en étant immergé dans un univers historique riche et convaincant.

Mais Clooney n'est pas Bogart et le scénario, malgré les efforts, ce n'est pas du Chandler: Une histoire, archi rebattue, de transfuge de nazis vers l'Amérique au moment de la conférence de Potsdam et du coup d'envoi de la guerre froide.

Là aussi, le sujet n'est pas totalement inintéressant et s'y rajoutent des niveaux supplementaires. Clooney incarne le journaliste manipulé qui pourrait quand même faire son travail mais se dégonfle.

En 2006, beaucoup d'étasuniens commencent à réaliser que l'administration et l'armée, en manipulant les médias et donc l'opinion, continuent, plus que jamais, de mener leurs guerres, sans aucun souci de l'intérêt général et bien sûr, sans débat contradictoire démocratique.

Le film semble donc là, insidieusement, dénoncer la défaillance du 4ème pouvoir et le silence des journalistes d'investigation.

Les anciens copains de Section 8 production (Soderbergh et Clooney) se sont fait traiter de dangereux traitres communistes, parce qu'à demi mots, ici, ils dénoncent le manque de réaction et de discussion face à l'hégémonie du conglomérat militaro- industriel aux États-Unis. Ils participent à la lutte contre la politique de G.W. Bush et oeuvrent à la future défaite des républicains de 2008.

Quatre ans plus tard, un vent libertaire souffle, les activistes de Wikileaks provoquent l'effroi des gouvernants.
A l'ère de l'internet, rien n'est donc plus secret très longtemps. La course à l'information exclusive devient dorénavant presque inutile car tout se sait et l'info circule partout, à la vitesse de la lumière.
On peut pressentir là le potentiel pour un formidable raz-de marée de démocratisation générale, de démantèlement des arrangements par la transparence et une explication immédiate du durcissement sécuritaire (en réaction), orchestré contre nous par les oligarchies en place (cf LOPPSI 1 et 2 chez nous par exemple).

Le héros du film dit regretter l'époque de la bataille des Ardennes où l'on savait que l'ennemi était simplement celui d'en face, aujourd'hui l'ennemi est celui qui tire les ficelles, dans notre propre camp. Réveillons-nous!
Mauvaispoil
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le 27 janv. 2011

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