Support: Bluray
Une brève introduction dans le passé qui nous dévoile les enjeux sans ambages, puis une longue séquence dans le présent, mutique, qui vient exposer la nouvelle situation de Willie Parker, planqué en Espagne : dans ce premier quart d’heure tout est déjà dit. Le décor, à la fois désertique et froid, est planté, la tonalité, jonglant entre crises existentielles et noirceur teintée d’une ironie mordante, est donnée, tandis que les personnages, tant fonctionnels que parfaitement campés, sont installés.
The Hit est efficace. Un road movie ibérique sur fonds de moulins Don Quichottiens, de gangsters loin d’être aussi pros qu’ils ne voudraient l’être, de concours de circonstances malheureux et d’hommes désarçonnés de leurs convictions purement théoriques. Le voyage se fait dans un décalage constant entre la tension véhiculée par les tueurs missionnés pour récupérer Willie, et la légèreté apparente de ce dernier.
Un trio se forme ainsi entre un John Hurt froid, méthodique, un Tim Roth amateur, dépassé par une humanité qu’il aimerait étouffer pour percer dans le milieu, et un Terence Stamp roublard qui vit les derniers instants d’un condamné et se détache de son avenir, profitant des derniers moments sur la route (une acceptation de la mort comme phénomène naturel inéluctable qui à un goût particulier au vu de la disparition récente de l’acteur). Face à ces trois hommes enceints par la mort, la belle Maggie vient donner le change par sa vitalité, sa jeunesse. Elle fait se rebeller l’un, douter l’autre, revigorer le dernier.
Elle est le contrepoint de ces types qui, derrière le masque que demande leur métier létal, ne sont finalement que des enfants fragiles, tout aussi effrayés de la mort qu’ils dispensent que leurs victimes, et qui s’écroulent une fois venu le moment fatidique.
Les débuts de The Hit m’ont fait craindre une certaine pose, mais j’ai finalement été pris dans ce périple existentialiste, jusqu’à redouter ces moments charnières que je savais pourtant inéluctables. L’esthétique léchée de paysages rares au cinéma, une rythmique bien dosée, et surtout le talent des comédiens, impeccables, ont fait du polar de Stephen Frears un moment original, inattendu, et fort appréciable.