The Lobster est une satire tout à fait effroyable, aussi froide que coupante.
Dans cette ignoble dystopie, le célibat est interdit. Les personnes seules sont traquées et punies. Enfermées dans un hôtel aux règles aussi cruelles que dérangeantes, ils ont 45 jours pour trouver un partenaire ou ils seront transformés en l'animal de leur choix.
Dans ce monde où être seul est prohibé, on ne peut pour autant absolument pas parler d'amour. La relation amoureuse, le sexe, l'amour sont plagiés de manière grotesque. On forme un couple parce que l'on a un trait commun avec l'autre, comme la myopie ou le fait de boiter. Il s'agit d'une existence dénuée d'émotions et de l'humanité la plus basique.
La cruauté, la violence, la douleur physique et mentale font une partie intégrante de la vie des personnages. Celui interprété par Colin Farell, d'ailleurs, souffre de douleurs chroniques dans le dos, qu'il ne peut jamais vraiment apaiser.
Tour à tour dans l’hôtel terrifiant, ou parmi les "résistants" tout aussi sociopathes qui résident dans la forêt, les personnages errent sans but, si ce n'est de survivre.
Le réalisateur filme cet étrange théâtre de manière distante et austère, les personnages témoignent tous d'une sobriété douloureuse. Parlant d'un ton atone, échangeant toujours des banalités déprimantes, ils se regardent peu, et leurs visages restent toujours vides d'expression.
La mise en scène, parfois surréaliste (notamment à cause de tous ces animaux sauvages errant dans la nature, aussi bien des dromadaires que des paons), la musique aux sonorités troublantes, presque irritantes, maintiennent le spectateur dans un état de malaise et désorientation permanents.
Yorgos Lanthimos réussit à faire entrer son spectateur dans un état proche de la transe, où la violence des scènes se déroulant devant lui peuvent l'effrayer, l’écœurer ou bien parfois l'amuser. Mais surtout, le bouleverser au plus profond de lui-même.
Il s'agit d'un cinéma de l'absurde délicieusement noir, incisif et original comme il est très rare d'en voir.