Je crois que The Moor m’a happé bien avant de vraiment me plaire. Il y a cette façon qu’a le film d’étirer le temps, de poser lentement son ambiance, comme s’il nous invitait à nous perdre dans la lande avec ses personnages.
Et c’est précisément ce qui en fait une expérience à la fois fascinante et épuisante...
L’histoire est simple, une femme revient dans sa ville natale pour aider le père d’un ami d’enfance disparu à chercher son corps dans les landes. Et dès les premières minutes, on sent que ce n’est pas une enquête classique. C’est une marche funèbre avec une mise en scène qui tire parfois vers quelques codes horrifiques, très soft, mais terriblement efficace! Le paysage devient un personnage, vivant, brumeux, presque oppressant.
On sent la tourbe, le vent, la solitude. Le réalisateur filme ça avec une lenteur hypnotique, et parfois, oui, cette lenteur crée une vraie angoisse. Pas celle des sursauts, mais celle qui s’installe dans le ventre, qui s’étire au fil des plans.
Les scènes dans les landes sont superbes. On sent le froid, la peur, la fatigue. Il y a même des moments de caméra subjective qui renforcent l’immersion, comme si on partageait la respiration des personnages.
L’atmosphère est épaisse, mélancolique, presque poétique. C’est un film de deuil et de remords, bien plus qu’un film d’horreur classique.
Mais cette lenteur, justement, finit par devenir son pire ennemi. Par moments, on a l’impression que le film se regarde marcher. Il y a de longues discussions, des minutes entières qui ne racontent pas grand-chose, et cette tension si bien installée se dissipe peu à peu. J’ai vraiment eu le sentiment que le film aurait pu être bien plus fort s’il s’était un peu plus contenu, s’il avait su couper là où il se perd. C’est dommage, parce que tout y est! La mise en scène, la photo, l’ambiance sonore… tout respire la maîtrise et la sincérité.
Mais à force de vouloir durer, il finit par s’essouffler.
J’ai pourtant beaucoup aimé le film. Je me suis laissé happer par ses silences, par ses images de brume et de terre humide, par cette angoisse qui ne dit pas son nom. C’est un folk horror sincère, habité, ancré dans la douleur et la mémoire. Mais c’est aussi un film prisonnier de son propre rythme.
Avec un peu plus de concision, The Moor aurait pu être un grand film d’atmosphère. En l’état, il reste une œuvre marquante, belle, lente à en devenir frustrante. Il a su me faire peur sans me faire sursauter... Mais putain qu’est-ce qu’il a pris son temps pour y arriver!